Dr Mohamed Diané craque devant la CRIEF : ‘’Faites de moi ce que vous voulez, je ne vais plus répondre, je suis fatigué’’
La tension est montée d’un cran ce jeudi 7 mai 2026 devant la chambre de jugement de la CRIEF dans l’affaire impliquant l’ancien ministre de la défense nationale, Dr Mohamed Diané. Au cœur des débats figuraient les budgets alloués au département de la défense entre 2016 et 2021 ainsi que les modalités de gestion des dépenses publiques sous le régime de l’ex-président Alpha Condé.
Face au procureur spécial Alphonse Charles Wright, l’ancien ministre a été interrogé sur son rôle dans l’ordonnancement et l’exécution des fonds publics lorsqu’il occupait des fonctions à la présidence de la République puis au ministère de la défense.
À la barre, Dr Mohamed Diané a indiqué que le fonctionnement financier de la présidence devaient être apportées par l’ancien directeur des affaires financières, Mohamed Lamine Traoré. Il a soutenu qu’il intervenait uniquement en qualité d’ordonnateur auprès du chef de l’État, sans qu’aucun document ne précise s’il était ordonnateur principal, secondaire ou délégué.
Les échanges se sont ensuite focalisés sur les différentes enveloppes budgétaires attribuées au ministère de la défense nationale durant la période visée par la procédure. Le ministère public cherche notamment à déterminer dans quelles conditions ces fonds ont été exécutés conformément aux textes réglementaires en vigueur à l’époque.
Dr Mohamed Diané a rappelé avoir été ministre directeur de cabinet à la présidence entre 2011 et 2015 avant de prendre la tête du département de la défense de 2015 à 2021. Interrogé sur les montants inscrits dans les lois de finances, il a cité les budgets globaux accordés à son ministère sur la période concernée.
Il a indiqué que le ministère de la Défense a bénéficié de plus de 1 000 milliards de francs guinéens en 2016, plus de 1 564 milliards en 2017 et plus de 1 526 milliards en 2018.
Il a ajouté que le budget s’élevait à plus de 1 794 milliards en 2019, avant de passer à plus de 2 018 milliards en 2020, puis à plus de 2 410 milliards de francs guinéens en 2021.
Au fil de l’audience, le ton est devenu tendu entre l’ancien ministre et le parquet spécial. Le ministère public insistait sur les justificatifs liés à l’utilisation des fonds publics et sur les mécanismes de gestion des crédits budgétaires du département de la défense.
Visiblement agacé par la durée de la procédure judiciaire engagée contre lui depuis plusieurs années, Dr Mohamed Diané a laissé éclater sa colère devant la Cour : « Je ne vais plus répondre. J’ai communiqué toutes les pièces. Faites de moi ce que vous voulez, je ne vais plus répondre. Je suis fatigué. Cela fait plus de quatre ans que cette procédure dure’’, a-t-il lancé devant les juges.
À l’issue des débats, le président de la chambre, le juge Daye Mara, a ordonné plusieurs mesures complémentaires. La Cour a demandé à l’administration parlementaire de transmettre, au plus tard le 18 mai 2026, la situation financière du département de la défense que dirigeait Dr Mohamed Diané.
Le juge a également ordonné la comparution de plusieurs personnalités, dont Loucény Nabé, Mohamed Lamine Traoré, ancien DAF de la présidence, Mahawa Diané, fille de l’ancien ministre, ainsi que l’entrepreneur Sékou Kaké. Les services d’immatriculation ont aussi été requis pour fournir la liste des véhicules enregistrés au nom de Dr Mohamed Diané. Le directeur du CADAC et le conservateur foncier de Conakry devront aussi comparaître.
Toutes ces mesures devront être exécutées sous la diligence du parquet spécial de la CRIEF. Les débats ont finalement été renvoyés au jeudi 21 mai 2026.
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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