Enlèvement des enfants d’Élie Kamano : un signal inquiétant pour l’État de droit (Par Abdourahamane Condé)
L’annonce faite par Elie Kamano, le 16 novembre 2025, selon laquelle deux de ses enfants auraient été enlevés à l’aube par des hommes encagoulés, a provoqué un profond malaise dans l’opinion nationale.
« Quelle que soit l’apparence politique de chacun, il existe des lignes rouges qu’un pays ne devrait jamais franchir. La sécurité des enfants en fait partie. »
À ce stade, les faits rapportés par plusieurs médias concordent : intrusion, violences, saccage du domicile, enlèvement de deux mineurs, puis abandon du plus jeune quelques heures plus tard. L’artiste désormais en exil pointe la responsabilité des autorités. Elles, de leur côté, gardent le silence. Ce silence, dans un contexte politique aussi tendu, alimente naturellement les inquiétudes.
Une condamnation presque unanime
- Le Dr Faya Millimouno parle de « pratiques d’un autre âge ».
- Cellou Dalein Diallo évoque une « stratégie de terreur ».
- Des organisations citoyennes : demandent une enquête immédiate.
Même des voix habituellement prudentes insistent sur une chose : « lorsqu’il s’agit d’enfants, aucune justification politique ne peut tenir. La Guinée peut avoir ses divergences, ses crises, ses passions, mais elle ne doit jamais y mêler les innocents. »
Un test sérieux pour nos institutions
Cette affaire arrive au pire moment, quelques semaines après le rejet de plusieurs candidatures à la présidentielle, et alors que la confiance dans la justice et la sécurité publique est déjà fragile. Si rien n’est clarifié, l’enlèvement présumé risque de devenir un symbole, celui d’un pays où la peur s’invite jusque dans les familles des opposants.
Trois points deviennent essentiels :
- Dire la vérité : une enquête indépendante est indispensable.
- Protéger les enfants : leur sécurité doit être la priorité absolue.
- Reconstruire la confiance : un État crédible ne peut laisser planer de telles zones d’ombre.
Un climat politique de plus en plus lourd
La Guinée n’est pas isolée. Ces dernières années, l’Afrique de l’Ouest a vu se multiplier les tensions liées aux transitions militaires, aux élections contestées et aux accusations d’intimidation.
Dans ce contexte, chaque crise nationale résonne comme un avertissement régional : « un pouvoir se mesure aussi à sa capacité à protéger ceux qui n’ont aucune arme, aucune influence, aucune défense. »
Un tournant moral
Ce qui se joue ici dépasse la personne d’Élie Kamano. L’enlèvement présumé de ses enfants pose une question simple : Voulons-nous d’un pays où la politique envahit jusqu’aux chambres des enfants ?
Si les faits sont confirmés, il s’agira d’un abus grave, qui exigera des réponses claires et des responsabilités assumées. Si les faits sont infirmés, la même transparence sera nécessaire, car la confiance se nourrit de vérité, pas de silence.
Un épisode qui dépasse le cas individuel
La Guinée traverse une période décisive. Les tensions s’accumulent, la société se crispe, les institutions sont observées avec méfiance.
Dans ce contexte, l’affaire des enfants d’Élie Kamano n’est pas un épiphénomène : « c’est un révélateur. Elle rappelle que la politique devient dangereuse quand elle perd sa boussole morale. Et qu’aucun pouvoir civil ou militaire ne peut prétendre incarner l’avenir de la nation s’il ne sait pas protéger les plus vulnérables. »
Par Abdourahamane CONDE

