[dropcap]L’[/dropcap]autruche est cet oiseau au comportement bizarre qui préfère enfouir sa tête dans le sable pour éviter de regarder le danger qui le guette. C’est exactement ce que fait le gouvernement guinéen face à la crise sociale que traverse le pays.
Le compte-rendu du dernier Conseil des ministres présidé par Alpha Condé illustre parfaitement cette politique de l’évitement. Sur six pages, le contenu n’évoque à aucun moment la grève générale déclenchée le 15 février par le syndicat et qui entre dans quelques heures dans son cinquième jour consécutif.
Quatre jours de grève générale ayant occasionné une paralysie totale de l’appareil de l’Etat et de tous les secteurs socio-économiques : transports, santé, éducation, administrations publique et privée, banques, assurances, etc. ; les conséquences économiques de ce débrayage se chiffrent sans doute à plusieurs milliards de francs guinéens.
Pourtant, ni le conseil interministériel du 9 février (alors que le préavis de grève courait), ni celui organisé le mardi 16, au lendemain du déclenchement de la grève, n’évoquent celle-ci, encore moins les pseudo-négociations engagées avec le syndicat.
Le gouvernement fait comme si de rien n’était, préférant aborder des questions relatives à la réorganisation de l’administration, à l’assainissement (sic) ou encore, – le comble – le changement de nom de l’Institut pasteur de Kindia.
C’est à croire que la Guinée incarne le « Ya’foye », ce pays où tout va bien, imaginé par le chroniqueur humoriste Mamane sur Radio France Internationale (RFI). Contrairement à RFI, la Télévision guinéenne participe de ce déni de réalité en pratiquant ce qu’elle sait mieux faire : la désinformation !
Depuis le déclenchement de la grève générale, la RTG s’échine à saboter le mouvement à grand renfort de désinformation à travers le JT de 20H30, la seule émission de ce média d’Etat qui compte encore de téléspectateurs (sans doute pour la lecture des actes officiels).
Au lieu de chercher à dénouer la crise en proposant des solutions concrètes, on a plutôt l’impression que le gouvernement jette de l’huile sur le feu en adoptant cette attitude bizarre de déni et de désinformation.
Dans les négociations avec le syndicat, les autorités jouent la montre dans l’espoir de voir le prix du baril de pétrole repartir à la hausse à court terme pour justifier le maintien du prix du litre à la pompe à l’état actuel.
Reste à savoir si le syndicat qui a déjà prouvé sa capacité de mobilisation se laissera faire au risque de perdre la face pour longtemps.
Ciré BALDE, pour VisionGuinee.Info
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