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Guinée 2025 : la realpolitik s’invite dans l’arène électorale (Par Abdourahmane Condé)

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Soutra

La Cour suprême a tranché : plusieurs candidatures, dont celles de Lansana Kouyaté, Ousmane Kaba et Alpha Condé II, ont été rejetées. Pour certains, c’est la rigueur de la loi. Pour d’autres, c’est la main invisible du pouvoir. Mais dans le fond, ce moment traduit une vérité bien connue en Guinée : ici, le jeu politique ne se joue jamais à un seul niveau, le droit dit une chose, la politique en fait une autre.

Les règles changent, mais le jeu reste le même.

Depuis Sekou Touré jusqu’à aujourd’hui, la Guinée vit dans une tension constante entre idéaux démocratiques et réalisme du pouvoir. Chaque époque promet la rupture, mais finit souvent par reproduire la même logique : celle du contrôle, de la prudence, de la peur du chaos. Les rejets de candidatures ne sont donc pas seulement juridiques ; ils traduisent la volonté du système de s’auto-protéger. En d’autres termes, la politique guinéenne reste fidèle à son proverbe préféré : ‘’Celui qui tient le tambour choisit le rythme’’.

La realpolitik, version guinéenne

La realpolitik, ce n’est pas une invention étrangère. C’est cette manière, bien locale, de « faire avec la réalité » : peser les risques, garder la main, éviter la surprise. Les autorités parlent de stabilité ; les opposants dénoncent l’exclusion. Mais entre les deux, il y a un pays épuisé par les transitions et assoiffé de confiance. En Côte d’Ivoire comme en RDC, on a vu le même scénario : des institutions qui trinquent au nom de la cohésion nationale. En Guinée, le refrain est connu : chaque transition commence par la promesse d’ouverture, et finit par le réflexe de verrouillage.

Stabilité ou pluralisme ?

À Conakry, on appelle ça ‘’garder la main sur le volant avant le virage’’. Mais jusqu’à quand peut-on conduire seul sans copilote ? Car plus on exclut des voix, plus la route devient étroite. La stabilité sans ouverture finit par devenir un mythe, et la démocratie sans équilibre vire souvent à l’illusion. C’est ce paradoxe que vit la Guinée aujourd’hui : ‘’un pays qui veut avancer, mais qui craint encore sa propre liberté politique’’.

Quand la prudence devient système

Ce rejet des candidatures n’est pas un accident, c’est le reflet d’une stratégie : gérer le risque politique avant qu’il ne se présente. Mais la vraie question n’est plus de savoir qui sera sur le bulletin, c’est de savoir si le peuple aura encore le sentiment d’avoir le choix. ‘’Le pouvoir, disait Machiavel, ne se perd jamais : il s’abandonne’’. Or en Guinée, personne n’est encore prêt à l’abandonner.

Entre prudence et confiance

La realpolitik guinéenne n’est ni un mal absolu, ni une trahison morale. C’est une méthode parfois excessive. Mais si elle ne s’accompagne pas de transparence, d’inclusion et d’équité, elle risque de devenir un cercle fermé où le pouvoir se reproduit, sans jamais se renouveler.

La Guinée est à un moment charnière. Et comme on dit ici : ‘’Celui qui tient la machette doit aussi savoir couper droit’’.

Par Abdourahmane CONDÉ
Politologue

Soutra
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