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Guinée, 68 ans après : du crépuscule des slogans à l’aube d’un nouvel engagement

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Soutra

À l’approche du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, l’heure ne doit plus être aux incantations patriotiques, mais au bilan lucide. Entre crise de gouvernance, affaiblissement des institutions et clivages entretenus, le pays doit opérer un sursaut éthique et managérial pour transformer sa devise nationale en réalité vécue.

Soixante-huit ans ont passé depuis que la Guinée s’est levée devant l’Histoire pour revendiquer sa souveraineté, portée par le souffle héroïque des grandes destinées. Mais aujourd’hui, lorsque vient l’heure du bilan, le cœur de la Nation vacille. Quel est l’héritage réel transmis aux générations présentes ? Quels enseignements pouvons-nous extraire d’un chemin trop souvent jalonné de mirages ?

De régimes en transitions, de promesses solennelles en discours enfiévrés, le temps a filé. Les hommes sont passés, les slogans ont résonné, mais la réalité quotidienne, elle, est restée immobile dans sa rigueur cruelle. Le constat exige une honnêteté intellectuelle sans concession : une société trop souvent résignée, une pauvreté endémique qui défie l’abondance de nos sols, une justice hésitante aux exigences variables et un espace public empoisonné par la rhétorique du mépris, la peur de l’autre et le règne déroutant de la médiocrité.

Regardons-nous avec gravité : notre pays est devenu le miroir tragique de nos propres renoncements. Il offre le spectacle paradoxal d’une nation en rupture avec son propre idéal. La devise inscrite au fronton de notre République (Travail, Justice, Solidarité) résonne aujourd’hui comme l’écho d’une promesse trahie.

Le Travail ? Un horizon obscurci où le mérite s’efface trop souvent devant le clientélisme, privant notre jeunesse du droit légitime d’édifier son propre avenir.

La Justice ? Un pilier fragilisé par l’imprévisibilité, laissant le faible sans recours et l’investisseur sans certitude.

La Solidarité ? Un mot vidé de sa substance, remplacé par des clivages artificiels entretenus pour préserver des rentes de situation.

Le plus grand piège dans lequel nous sommes tombés est la culture du rejet de la faute. Chacun pointe du doigt le camp adverse ; chaque faction se retranche derrière ses certitudes. En Guinée, chercher la passerelle du dialogue est devenu un acte suspect, assimilé à la faiblesse. On instrumentalise les sensibilités communautaires, on souffle sur les braises des rancœurs historiques, non pas pour bâtir, mais pour captiver les esprits et verrouiller des privilèges corporatistes ou personnels.

Pourtant, la résignation est une défaite de l’esprit que nous n’avons plus le droit de tolérer. Le salut de la Guinée ne viendra ni d’un coup de baguette magique ni de l’émergence providentielle d’un dirigeant suprême. Il viendra d’un sursaut éthique, stratégique et collectif.

Il est temps d’opérer une véritable transformation des consciences autour de trois priorités managériales et institutionnelles :

  1. Substituer la méritocratie aux loyautés de façade, en faisant de la compétence et de la rigueur les seuls critères d’ascension sociale et administrative.
  2. Restaurer l’impartialité des institutions, car aucune prospérité économique durable ne peut s’épanouir sur le sable mouvant d’une sécurité juridique incertaine.
  3. Réinventer le dialogue national, non comme une concession politique accordée à l’adversaire, mais comme l’outil stratégique ultime de la cohésion et de la performance globale.

La Guinée vaut infiniment mieux que le spectacle de ses divisions. Notre histoire nous oblige, notre potentiel nous condamne à l’excellence. Ne laissons pas l’amertume étouffer l’espérance. Que ce 68ᵉ anniversaire ne soit pas une célébration de plus du passé, mais le point de départ d’un contrat social renouvelé où Travail, Justice et Solidarité cesseront d’être des mots gravés dans la pierre pour devenir enfin notre réalité vécue.

Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Cette tribune est publiée dans le cadre du débat citoyen sur la gouvernance et le développement de la Guinée. Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.

Soutra
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