Je suis surpris mais pas étonné par la conversation qui se déroule actuellement en Guinée. Quoique salutaire, la prise du pouvoir étatique par notre armée se confronte aux réalités démagogiques qui est monnaie courante dans notre pays.
J’avais écrit au lendemain de cette action historique mon sentiment et ma réflexion personnelle sur cet événement.[1] Quelque mois après, j’avais aussi suggéré que la transition ne réussira pas.[2]
La personnalisation du pouvoir que voulons éviter est maintenant devenue de mise. Le président fait ce qu’il dit ; le président dit ce qu’il fait. Le président a donné ceci, le président a donné cela. Je me demande pourquoi nous saluons des actes régis par le devoir de l’État Guinéen comme une action salvatrice du chef de l’État ?
Le colonel Doumbouya n’a pas donné de l’argent qui l’appartient aux femmes. Il n’a pas donné son argent aux Guinéens qui sont entre le marteau et l’enclume en Ukraine. Les ressources de l’État ont été mises à profit.
Si quelqu’un a donné quelque chose aux Guinéens, ce sont les Guinéens qui travaillent dans la misère dans notre pays. Si quelqu’un a donné quelque chose aux Guinéens, ce sont les Guinéens à travers le monde, qui acheminent des ressources sanitaires en Guinée (laboratoire mobile par exemple) ambulance et autre équipements médicaux, ressources éducatives, etc.
Si quelqu’un a donné quelque chose aux Guinéens, c’est ( …….). Je suis sûr que des milliers de Guinéens de par le monde pourrons insérer leurs noms ici. Plusieurs d’entre eux contribuent à l’épanouissement de leur village ou région d’origine. J’ai eu la chance d’être un témoin oculaire de l’action des ressortissants de Nabaya à Washington D.C., travaillant pour aider leurs compatriotes au pays. Nous devons cesser de construire notre vocabulaire autour du menu du jour.
Notre concertation nationale qui va commencer est une illustration, si besoin en était, du dilettantisme qui régit notre gouvernance. Si nous sommes sérieux dans l’évaluation de notre passé, quelque fois douloureux, je suggérerai que nous développions les questions qui nous interpellent (en tant que Guinéens et Guinéennes) d’une manière consensuelle. Puis, définir les paramètres qui doivent guider notre conversation et action commune. Il ne sert à rien de se retrouver pour s’insulter et crier à hue et à dia. L’évaluation de notre histoire post coloniale requiert un effort sérieux pour séparer la graine de l’ivraie.
Je répète encore ici ce j’avais prévu dans un écrit antérieur, cette transition ne réussira pas. Cette fois-ci, je dois y ajouter qu’en plus de notre élite, une partie de la faute viendra de la mauvaise définition de nos problèmes par nos dirigeants actuels.Je souhaite qu’ils rectifient le tir avant qu’il ne soit trop tard pour une autre génération de nos compatriotes. Nos enfants en ont besoin.
Si nous continuons dans la débandade actuelle, gare ! Ce sera dommage pour nos concitoyens et notre pays. A l’allure ou les choses vont, la moisson n’est pas pour demain. Je prie Dieu que je me trompe.
Prêt pour servir pas se servir. Pour une Guinée unie et prospère.
Docteur Abdoulaye Bah
Professeur d’Université aux États Unis, Ret.
Ancien chef de Chaire du Département des Sciences Sociales et Comportementales
Directeur, Centre pour la santé Comportementale et la Résilience
Université de Lincoln
Jefferson City, Missouri USA
Columbia, MO USA
[1] https://guineematin.com/2021/09/06/5-septembre-2021-la-vraie-independance-de-la-guinee/
[2] https://www.visionguinee.info/ad-hominem-la-transition-ne-reussira-pas/

