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Guinée : l’interminable attente !

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Les guinéens continuent d’attendre la levée du soleil après plus de 60 ans d’indépendance. Les multiples occasions qui se sont présentées au peuple pour tourner la page de la mauvaise gouvernance et du sous-développement n’ont été que mirage. Toutes les fois qu’on a aspiré à l’aube naissante, on a assisté hélas à un crépuscule d’une nuit dont la fin devient de plus en plus incertaine.  

Ce beau pays à qui Dieu a doté de toutes les ressources continue à retomber au plus bas niveau à chaque fois qu’il a tenté de se relever. Les occasions sont maintenant nombreuses et se ressemblent presque toutes, malheureusement. 

La mort de Sékou Touré après 26 ans de règne a donné un espoir aux guinéens d’en finir une fois pour toute avec la dictature et la pauvreté. La prise du pouvoir par le CRTN avait sonné comme la fin d’un long et pénible parcours du peuple de Guinée avec à sa tête le RDA et sa révolution ratée.

Les récits de cette fin de règne en disent long sur les pratiques de la gouvernance de l’époque. Les guinéens n’avaient pas osé croire que Sékou était mort et ceux qui avaient cru n’osaient pas le dire. Les révisionnistes et autres nostalgiques de ce de régime ont du mal à voiler le fait que le premier président avait laissé un pays en ruines. On laisse les historiens nous relater les faits qui ont ponctué le long règne des maitres de l’indépendance guinéenne. 

Les premiers discours de Lansana Conté et du CRTN devenu ensuite CMRN avaient fait renaitre l’espoir chez de nombreux guinéens. Des prisonniers furent libérés et beaucoup d’exilés rentraient au pays après des décennies loin des leurs. Le libéralisme économique alors prôné par les nouvelles autorités du pays a plutôt favorisé un système de corruption et de clientélisme à grande échelle. Si certains citoyens ont profité de ce laissé aller et laisser faire pour se remplir les poches, la majorité des guinéens ont continué à croupir dans la pauvreté du fait d’une mauvaise gouvernance aigue et de graves violations des droits humains. 

En un mot ou en mille, les guinéens n’ont pas profité des richesses du sol et du sous-sol dont dispose le pays. Une situation de non Etat a caractérisé la gestion des années 2000 au point qu’une révolution sanglante a failli mettre fin à ce régime en 2007. L’absence d’un véritable Etat et le vide institutionnel laissé ont permis à Moussa Dadis Camara et ses amis du CNDD de ramasser le pouvoir dans la rue, selon moult observateurs d’alors. 

A la mort du Général Conté, la Guinée était encore plus un territoire qu’un Etat et il était absolument difficile de dire avec exactitude qui gérait le pays en Décembre 2008. 

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Les guinéens ont encore rêvé à l’occasion de ce que tous avaient considéré comme un nouveau départ. Les discours du chef de la Junte et les shows auxquels le peuple a eu droit à l’époque ont séduit les plus sceptiques. Dieu seul sait que Dadis avait des admirateurs dans les 4 coins de la Guinée et même au sein de la diaspora. La lune de miel ne durera pas longtemps puisque les thuriféraires n’ont pas attendu pour pousser le jeune capitaine à l’erreur. 

Acculé par les politiques et les organisations de la société civile, Dadis change de discours au moment où on s’attendait le moins pour afficher ses ambitions de confisquer le pouvoir. Les pressions tant internes qu’externes finirent par avoir raison du CNDD et l’éloignement du bouillant soldat de la Guinée. C’est le N°2 de la junte qui conduira la transition à terme en 2010 avec un président de la CENI étranger. 

Alpha Condé est élu au forceps après un processus assez controversé. Avec le titre de Président démocratiquement élu, les guinéens ont espéré tourner la page des coups d’Etat et des régimes militaires. Ceux qui n’avaient pas voté pour l’opposant historique nourrissaient de l’espoir qu’une page sombre de l’histoire de la Guinée venait d’être tournée, pour toujours. La lune de miel n’a pas duré puisque le juriste et professeur n’a pas tendu la main à son opposition qui avait du mal à digérer sa défaite à cette élection. Les hostilités n’ont pas alors tardé de commencer et dureront pendant tout le règne d’Alpha Condé.

Le régime civil n’avait rien de nouveau pour la plupart des citoyens. Une gestion chaotique a fait regretter la gestion du général malgré le résultat jugé peu reluisant de ce dernier. Alpha s’est plutôt focalisé à combattre son opposition que de s’occuper de véritables problèmes auxquels le pays était confronté. 

Le réseau routier était dans un état de dégradation avancé. La sécurité des personnes et des biens était menacée au quotidien. Les organisations de défense de droits humains dénonçaient alors de graves atteintes des droits et un recul démocratique. Une corruption à grande échelle a gangrené l’administration publique dans un climat de paupérisation aggravée des populations. L’exploitation à outrance des ressources minières n’a eu aucun impact positif sur la vie des guinéens. 

C’est dans cette atmosphère délétère, une gestion décriée que les autorités du pays décident, contre la volonté de la majorité des citoyens de modifier la constitution pour s’octroyer un troisième mandat illégitime et anti constitutionnel. Ce qui a conduit à des manifestations dans le pays et à travers le monde suivies de graves violations de droits de l’homme y compris des assassinats, des arrestations extrajudiciaires, des emprisonnements etc. 

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C’est dans ce climat de crise institutionnelle, de méfiance totale entre les acteurs et de crise économique aigue que le CNRD sous la conduite du colonel Mamady Doumbouya a pris d’assaut le palais de Conakry pour mettre fin à ce régime tant décrié tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Les images des liesses populaires dans les rues de Conakry sont encore fraiches dans les mémoires. La situation chaotique dans laquelle se trouvait le pays avant le coup d’Etat a fait la légitimité de cette prise du pouvoir par la force. Comme en 1984 et en 2008, les guinéens ont encore jubilé. Tout le monde a cru à la fin du cauchemar et au début d’une nouvelle ère de paix, de quiétude et de progrès économique et social. Le discours du 05 septembre ne pouvait que convaincre les plus sceptiques, tant il était en conformité avec la situation qui prévalait à l’époque et les attentes du peuple. Comme de par le passé, on assiste alors à la libération des prisonniers politiques, le retour des exilés et des promesses d’un avenir radieux. 

Une année plus tard, les guinéens ne savent toujours pas la nouvelle direction qu’a prise le pays. Le Colonel et ses hommes semblent avoir oublié le discours du 05 septembre et la méfiance grandit de jour en jour entre les acteurs de la vie politique nationale. Des manifestations organisées par des organisations de la société civile ont été réprimées dans le sang depuis fin juillet et des cas de morts ont été enregistrés. Des leaders politiques sont en prison et d’autres en exil pendant que la CEEDAO tente de ramener les protagonistes autour de la table de négociation. Le pays est à peine loin du syndrome de 2009 et les espoirs d’hier laissent peu à peu la place à la méfiance, la peur et le désenchantement. 

A l’allure où vont les choses, il ne serait pas exagéré de se demander si cette transition aboutira à un retour véritable à l’ordre constitutionnel. Les semaines et les mois à venir nous édifieront sur l’avenir du CNRD et de la Guinée. Il reste à savoir si le Colonel pourra résister aux groupes de pression internes et externes et conduire cette transition à terme et ainsi donner un nouvel espoir aux guinéens. 

Boubacar DIENG 

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