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Interdiction des sachets plastiques : un spécialiste de l’environnement invite l’Etat à ‘’éviter les solutions uniques à des problèmes complexes’’

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Soutra

 L’interdiction des sachets plastiques à usage unique est entrée en vigueur depuis le 20 septembre dernier. Depuis, les citoyens sont partagés entre difficultés d’approvisionnement en eau potable, problèmes d’emballage et espoir de voir le pays débarrassé de ces ordures. Malgré les avantages environnementaux, la mesure fait grincer des dents au sein de la population.

Ce mercredi 30 septembre, dans ann entretien accordé à notre rédaction, Abdoulaye Diallo, spécialiste de l’environnement, affirme que cette interdiction seule ne résoudra pas tous les problèmes liés à l’insalubrité de nos villes. Il plaide pour une transition juste qui garantisse aux ménages modestes un accès à une eau potable abordable.

Selon lui, l’impact des sachets plastiques sur l’environnement ‘’est très concret, mais il faut éviter de dire que le sachet plastique est à lui seul responsable de tous les maux tels que les inondations, la pollution de nos cours d’eau, caniveaux et autres (…). C’est pourquoi, l’interdiction doit être accompagnée d’une amélioration de la collecte des déchets, du curage des caniveaux, de l’aménagement urbain et de la gestion des eaux pluviales’’. 

Interrogé sur la durée de dégradation d’un sachet plastique dans l’environnement, le spécialiste appelle à la prudence face aux chiffres souvent avancés sur le sujet.

‘’Il faut être prudent avec cette question parce qu’on entend souvent dire qu’un sachet plastique met 400 ou 500 ans à disparaître. Ce chiffre donne un ordre de grandeur, mais il ne faut pas le considérer comme une durée scientifique universelle applicable à tous les sachets. La durée dépend du type de plastique, de son épaisseur et surtout des conditions environnementales’’, explique Abdoulaye Diallo.

Selon lui, ‘’le plastique ne disparaît pas nécessairement, car il peut se fragmenter en morceaux de plus en plus petits jusqu’à devenir des microplastiques. On peut donc retenir que le problème du plastique n’est pas seulement sa longue durée de vie mais c’est aussi le fait qu’il peut se transformer en microplastiques qui persistent dans les écosystèmes. C’est pourquoi, réduire à la source les plastiques à usage unique est généralement plus pertinent que de compter uniquement sur leur dégradation naturelle’’. 

Pour ce spécialiste de l’environnement, l’interdiction des sachets plastiques à usage unique, à elle seule, ne peut pas lutter contre l’insalubrité et les inondations.

‘’Elle peut contribuer à améliorer la situation, mais elle n va pas à elle seule, résoudre les problèmes de santé publique ou d’inondation. Sur le plan sanitaire, moins de déchets plastiques abandonnés signifie potentiellement moins de déchets dans les espaces publics, les caniveaux et certains points de stagnation des eaux. Cela contribue à améliorer le cadre de vie. Pour les inondations, la relation est également indirecte par le fait que si les sachets et autres déchets obstruent les caniveaux, leur réduction peut faciliter l’écoulement des eaux pluviales. Mais il serait scientifiquement excessif de dire que lorsque nous interdisons les sachets, les inondations vont disparaître’’, analyse-t-il.

‘’L’interdiction du plastique doit être considérée comme une composante d’une politique beaucoup plus large d’assainissement et d’adaptation climatique. Cela est surtout important dans le contexte actuel de crises multiples liées au changement climatique, la croissance démographique, la pression urbaine, les difficultés économiques et autres. Nous devons éviter les solutions uniques à des problèmes complexes’’, estime-t-il.

L’interdiction des sachets d’eau intervient dans un contexte où l’accès à l’eau potable est inégal. Abdoulaye Diallo estime que la population ne doit pas payer le coût de la transition écologique.

‘’C’est probablement l’un des points les plus sensibles de cette réforme, parce qu’on ne peut pas demander à une population d’abandonner une solution d’accès à l’eau sans garantir une alternative accessible. Le problème de l’eau en sachet ne doit pas être traité uniquement comme un problème de plastique. C’est également une question d’accès à l’eau potable, du pouvoir d’achat et de santé publique’’, souligne-t-il.

Il suggère de ‘’réduire simultanément les plastiques à usage unique tout en améliorant l’accès à une eau potable sûre et abordable. Cela suppose par exemple de développer les fontaines publiques, les bornes-fontaines, les points de distribution d’eau potable, les systèmes de remplissage et les contenants réutilisables, sans oublier de renforcer le contrôle de la qualité de l’eau. Remplacer le sachet par une autre forme de conditionnement ne sert à rien si l’on ne garantit pas la potabilité’’.

‘’Le gouvernement travaille avec les opérateurs pour accompagner progressivement le remplacement des sachets d’eau par des alternatives durables et prévoit un plan de contingence de six mois pour accompagner la mise en œuvre. À mon sens, cette transition doit être pensée avec une justice sociale et environnementale du fait que les ménages pauvres ne doivent pas être les premiers à supporter les coûts de la transition écologique’’, prévient-il.

Alors que les sachets d’eau ne sont désormais plus disponibles sur le marché, Abdoulaye Diallo invite les autorités à veiller à ce que les populations puissent accéder à une eau potable à un prix abordable.

‘’Nous devons être pragmatiques à ce niveau, car si le sachet d’eau vendu à 500 GNF disparaît, il ne faut pas dire aux populations d’acheter désormais une bouteille plus chère. Cela serait perçu comme un transfert du coût de la politique environnementale vers les ménages les plus vulnérables. Pour éviter cette perception, il faut développer un système d’eau potable accessible financièrement. Aucune famille ne doit avoir à choisir à protéger l’environnement et avoir accès à une eau potable abordable’’, affirme-t-il.

Les sachets plastiques faisant partie des habitudes des guinéens depuis des décennies, le spécialiste estime que l’interdiction à elle seule ne suffira pas à changer les comportements. Selon lui, cette mesure doit s’accompagner d’une véritable stratégie de changement social, afin de rendre les alternatives plus accessibles, pratiques et abordables.

‘’Cela que réside le plus grand défi parce qu’une loi peut interdire un produit, mais elle ne change pas automatiquement les comportements. Si pendant plusieurs années nous avons habitué les citoyens à acheter, utiliser et jeter un sachet, il faut une véritable stratégie de changement social qui pourrait s’appuyer sur les leviers suivants, sensibiliser et expliquer pourquoi le plastique est un problème, où il finit, comment il circule dans les caniveaux et les cours d’eau, comment il se fragmente et pourquoi sa réduction est importante’’, souligne-t-il.

Il demande aux autorités de ‘’rendre l’alternative plus facile et pratique que l’ancien comportement en faisant en sorte que le sac réutilisable ne coûte pas trop cher, les points d’eau ne soient pas éloignés des usagers et que le contenant réutilisable ne soit pas difficile à transporter, si non, les populations continueront naturellement à rechercher la solution la plus pratique (…). Nous ne devons pas simplement interdire le sachet, nous devons organiser sa disparition progressive de notre quotidien en donnant à la population des solutions meilleures, accessibles et abordables’’. 

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info

00224 621 85 28 75/djiwo.barry@visionguinee.info

 

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