Kiridi Bangoura révèle comment Mamadou Sylla est venu en appui à l’armée face à l’agression rebelle de 2000
L’ancien ministre Kiridi Bangoura a révélé dimanche comment l’homme d’affaires Mamadou Sylla est venu en appui aux forces de défense et de sécurité lors de l’agression rebelle contre la Guinée au début des années 2000.
Présent dans la salle des congrès du palais du peuple lors du symposium organisé pour rendre un dernier hommage à l’homme d’affaires, Kiridi Bangoura a tenu à préciser qu’il n’avait pas prévu de prendre la parole.
‘’Je voulais commencer mon témoignage sur Mamadou Sylla en vous présentant mes excuses parce que je ne voulais pas du tout intervenir, mais en étant dans la salle, je me suis rendu compte que la mémoire est une dette et qu’il faut d’une manière ou d’une autre la payer’’, a-t-il déclaré.
Il a débuté son témoignage par sa première rencontre avec le patron de Futurelec Holding. ‘’J’ai connu l’honorable Mamadou Sylla en 2000, je crois le 14 septembre 2000. Le contexte était le suivant. Notre pays, la Guinée, avait été attaqué à ses frontières sud, à Pamalap, à Madina Oula, à Fassankoni et à Nongoa, les quatre points le même jour le 1er septembre. Et des témoins sont là’’, a-t-il rappelé.
Il précise qu’à l’époque, ‘’l’Etat était dans la situation paradoxale après l’intervention de l’armée guinéenne à Bissau en 1999. Nous n’avions pas beaucoup d’armes et nous n’avions pas beaucoup de volontaires pour nous en donner. Les délais d’aide étaient de 30 à 60 jours. Le général Lansana Conté qui présidait le Conseil de défense et de sécurité a appelé un certain nombre de cadres auprès de lui pour l’aider à gérer la partie civile de l’organisation’’.
‘’Mamadou Sylla, c’est le commissaire Amadou Camara qui était conseiller sécurité du président de la République qui nous l’a amené et qui avait à l’époque je crois un stock de fusils de chasse et de munitions qui était dans la situation de dédouanement. L’État avait réquisitionné ce matériel pour le distribuer au comité villageois de défense’’, a-t-il raconté.
Selon lui, l’homme d’affaires avait accepté sans hésitation. ‘’Lui, tout ce qu’il demandait, c’est d’avoir l’assurance que c’est le président de la République qui avait donné des ordres pour réquisitionner sa marchandise’’, a-t-il précisé, avant de rapporter les propos de Mamadou Sylla : ‘’Tout ce que vous voulez, prenez-le. Je veux juste me rassurer que c’est vous qui décidez d’utiliser ça pour la guerre. Moi je n’ai pas de problème. Vous payez quand vous voulez’’.
Poursuivant son témoignage, il a précisé que Mamadou Sylla a ensuite été sollicité pour contribuer davantage à l’effort de guerre. ‘’Quand il s’est agit de s’équiper, que mon frère Souaré me permette de le citer encore, nous avons pensé avec nos économistes qu’il fallait créer deux structures qui allaient faire l’interface entre l’État et le marché des armes. Ça a été donc Catex international pour avoir les hélicos en Ukraine et Futurelec avec des attributions étendues pour pouvoir acheter du matériel roulant pour les militaires’’, a-t-il indiqué.
Il souligne que l’homme d’affaires a pris des risques en ‘’période de guerre d’être endetté auprès des banques avec une simple garantie de l’État pour importer à son nom du matériel. En cas d’échec de la défense du territoire national, c’est lui seul qui aurait payé cette dette’’.
Kiridi Bangoura assure que ‘’Mamadou Sylla n’a jamais posé de conditions. On avait l’impression qu’il ne mesurait pas les risques qu’il prenait en s’impliquant dans cette opération. La seule chose qu’il me disait quand je lui disais : on va aller dans les réunions au camp, il me disait : non, moi je suis marabout, je ne suis pas un guerrier. Quand vous êtes d’accord, vous m’appelez. Il aurait fini sa carrière d’homme d’affaires en cas d’échec militaire ce jour-là’’.
Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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