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La Guinée en deuil : la vie impose de se battre, jusqu’au bout, la mort oblige à se remettre, sans cesse, en question ! (Par Tibou Kamara)

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Soutra

Les grands hommes n’ont jamais une vie tranquille et enviable, confrontés à la violence des épreuves et exposés à tous les dangers des destins exceptionnels et fulgurants.

Sidya Touré est décédé, ce vendredi 25 septembre 2026, à Paris, sur les bords de la Seine, sans crier gare ni avoir fait ses adieux.

Dans la solitude pesante de la maladie et la retraite silencieuse d’un hôpital, il a déposé, définitivement, les armes face à la mort que nul ne parvient à plier à sa volonté, n’a encore vaincue. L’on ne peut s’empêcher de conclure à une ambition présidentielle inassouvie, de déplorer un dépit amoureux avec la Guinée. Du berceau à la tombe, des premiers vagissements consécutifs à la naissance à ces cris stridents accompagnant à la dernière demeure, un chemin jalonné d’embûches, d’obstacles, d’épreuves, de fausses promesses, pavé aussi d’illusions fatales comme celles consistant à se croire vainqueur de tous, supérieur et meilleur à chacun. Nous ne sommes tous que de pauvres mortels dont les vies sont aléatoires, compromises dans le temps, fragiles et éphémères.

Amis et adversaires de Sidya Touré se retrouvent aujourd’hui, alors qu’ils furent de tout temps opposés, hostiles les uns aux autres, dans le même élan de sympathie et de compassion pour lui rendre hommage. Le miracle divin de la mort est d’apaiser les cœurs et d’évacuer les vieilles rancœurs. Une pause forcée dans les combats de la vie qui ne sont pas faits de bons sentiments et dispensent de beaucoup de scrupules.

Comme chacun d’entre nous, Sidya Touré n’a pas compté que des amis fidèles et inconditionnels. Il a eu aussi des adversaires irréductibles. Aujourd’hui, le jugement que chacun a pu avoir sur l’illustre disparu ou la nature de la relation entretenue avec lui importent peu. C’est le temps des regrets pour tous les espoirs perdus et différentes occasions manquées et peut-être aussi le moment de certains remords liés à un éventuel sentiment intime et tardif de culpabilité : celui d’avoir fait du mal ou causé du tort à autrui, inconsciemment ou sciemment.

Quoi qu’il en soit, il faut toujours distinguer l’empathie des rapports humains et de la vie sociale des inimitiés et tensions inhérentes à l’engagement public et courantes dans l’arène politique. Il m’a été donné très souvent de croiser le fer avec Sidya Touré dans le débat public, ayant toujours été dans des camps opposés à lui.

Certes, il y a eu quelques rares moments de trêve, mais c’est l’adversité qui aura le plus marqué les esprits et que l’histoire retiendra aussi.

Au-delà du politique adulé par les uns, combattu par les autres, de la personne que certains aimaient, d’autres ne portaient pas dans leurs cœurs, il y a le haut fonctionnaire qui s’est illustré comme un brillant commis et technocrate rompu à la tâche et surtout comme homme d’État, pétri d’expérience et doué d’un savoir-faire indiscutable.

Sur ce point précis, c’est-à-dire les compétences techniques avérées de Sidya Touré, il n’y a pas la moindre controverse ni aucune réserve. Les querelles viennent d’ailleurs et sont dues à d’autres considérations que celles flatteuses pour lui et unanimement reconnues et acceptées par tous.

En tout cas, Sidya Touré aura été Premier ministre de son pays d’origine, la Guinée, aura fait un parcours élogieux, presque sans fautes dans les hautes sphères de l’État et de l’administration publique ivoirienne, guinéenne aussi. Il est de ceux qui, ces dernières années, ont animé la vie publique nationale. Il ne sera pas oublié de sitôt, car il a marqué son temps et des générations entières.

La disparition de Sidya Touré laisse un certain goût d’inachevé et suscite en soi un vif émoi, car on a espéré qu’il passe ses derniers jours parmi les siens, entouré de ses proches, sur la terre de ses ancêtres. Encore que l’homme propose et Dieu dispose.

En attendant d’être rejoint par chacun dans le royaume des cieux à l’occasion de l’ultime voyage sans retour, dont la destination reste inconnue de tous, plus personne ne pourra désormais voir la silhouette de Sidya Touré ni entendre sa voix, si familière à tous : mystère insondable de la mort qui fait de la vie une aventure malheureuse qui commence dans la douleur et finit dans les pleurs.

Toutefois, si l’homme avait été déclaré immortel, la vie serait impossible pour tous. La mort demeure donc notre salut à tous, car elle libère de toutes les souffrances, des suprématies apparentes et des certitudes acquises. Dieu soit loué !

Repose en paix, cher compatriote !

Tibou Kamara

 

Soutra
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