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La Guinée est-elle prête pour un gouvernement de mission structurelle ? (Par Abdourahamane Condé)

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Soutra

La reconduction du Premier ministre Bah Oury et la réduction annoncée du nombre de ministères ne sont pas des décisions anodines. Elles expriment une volonté plus profonde que de simples ajustements administratifs. Elles soulèvent une question essentielle : la Guinée s’apprête-t-elle enfin à passer d’un pilotage à vue à une gouvernance de structure ?

Depuis des décennies, l’action publique en Guinée s’est construite dans l’urgence. L’urgence politique, l’urgence sociale, l’urgence sécuritaire. Gouverner consistait souvent à éteindre des incendies plutôt qu’à poser des bases solides. Or, un pays ne se transforme pas par l’accumulation de réponses ponctuelles, mais par la cohérence de ses choix structurels.

Un gouvernement de mission structurelle n’est pas un gouvernement de communication. Ce n’est pas un empilement de portefeuilles, ni une addition d’équilibres politiques. C’est une équipe pensée comme un outil, avec des objectifs clairs, mesurables et hiérarchisés. Chaque ministère n’y est pas une fin en soi, mais une pièce d’un mécanisme plus large qui comprend : la réforme de l’État, la stabilité de la société et la restauration de la confiance.

La réduction du nombre de ministères peut être l’occasion de rompre avec la logique de dispersion. Moins de structures, mais plus de responsabilités. Moins de titres, mais plus de résultats. Cela suppose toutefois un changement profond de culture, c’est-à-dire passer d’une administration de présence à une administration de performance, d’une gouvernance réactive à une gouvernance anticipative.

La transformation de l’État est un processus global qui engage à la fois la société, le pouvoir et le sens que les citoyens donnent à l’action publique. C’est pourquoi trois dimensions sont indissociables :

Sur le plan social, les défis sociaux en Guinée sont profonds et persistants. Le chômage massif des jeunes, la fatigue économique et sociale des ménages, ainsi que l’accès inégal aux services publics constituent des problèmes structurels qui ne se résolvent pas par des annonces ponctuelles ou des mesures d’urgence.

Le futur gouvernement doit mettre en place des politiques cohérentes, continues et planifiées sur le long terme, capables d’apporter des solutions durables et de restaurer la confiance des citoyens dans l’État.

Cela exige des ministres et responsables capables de penser au-delà du court terme, de résister aux pressions immédiates, de coordonner efficacement les actions des différentes administrations et de construire des réformes solides qui survivent aux cycles politiques, assurant ainsi la stabilité sociale et le développement inclusif du pays.

Sur le plan politique, un gouvernement de mission structurelle doit réapprendre à gouverner avec l’ensemble de la société, et non contre elle. L’autorité de l’État ne se mesure pas à la capacité de réduire au silence les critiques ou de contenir les contestations, mais à la prévisibilité des règles, à la clarté des responsabilités et à la constance dans l’application des décisions.

Le dialogue avec l’opposition, la société civile et les forces sociales ne constitue pas une concession, mais une condition essentielle pour bâtir une stabilité durable et prévenir les crises.

Un État fort est un État capable d’intégrer la diversité des opinions, de transformer les critiques en mécanismes d’amélioration, et de garantir que les institutions fonctionnent indépendamment des conflits politiques. Dans ce contexte, les ministres et le Premier ministre doivent être en mesure de concilier l’efficacité administrative avec l’inclusion politique, en construisant des politiques qui perdurent au-delà des cycles électoraux.

Gouverner, dans cette approche, devient un exercice de responsabilité partagée, alliant autorité, dialogue et transparence pour renforcer la confiance des citoyens dans l’action publique.

Sur le plan symbolique, le prochain gouvernement, par sa composition et la manière dont il exercera ses fonctions, révélera la capacité de l’État guinéen à s’affirmer comme une institution durable. Il montrera si le pays se construit sur des règles et des structures solides, capables de perdurer au-delà des personnalités et des circonstances. Chaque décision, chaque action prendra une valeur symbolique. Ainsi, la rigueur dans la gestion, la cohérence dans les choix et la constance dans l’application des politiques contribueront à restaurer la confiance des citoyens et à affirmer la légitimité de l’État. Un gouvernement qui incarne ces principes ne se limite pas à administrer ; il forge l’idée même de l’autorité, de la responsabilité et de la continuité républicaine.

Un gouvernement de mission structurelle n’est donc pas un luxe. C’est une nécessité historique. La Guinée n’a plus besoin d’un pouvoir qui gère le présent, mais d’un État qui prépare l’avenir. Le vrai défi n’est pas de gouverner aujourd’hui. Il est de faire en sorte que les décisions prises aujourd’hui tiennent encore demain.

Et c’est à cette épreuve, silencieusement, que l’histoire jugera le prochain gouvernement.

Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue

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