A l’issue de l’élection présidentielle ayant conduit à l’accession du président Mamadi Doumbouya à la tête de l’État, suivie de son investiture le 17 janvier 2026, la Guinée entre dans une phase politique particulière marquée par une période d’observation de sept ans. Ce moment mérite d’être abordé avec lucidité, responsabilité et surtout avec un profond sens de l’intérêt général.
En tant que citoyen guinéen et analyste de la vie politique, je considère que l’enjeu principal de cette nouvelle séquence n’est pas la victoire d’un camp sur un autre, mais la préservation de la paix, de la cohésion sociale et de l’unité nationale. Notre pays a trop souffert des divisions, des tensions post-électorales et des rivalités personnelles pour se permettre une fois encore de sacrifier son avenir à des ambitions individuelles.
Cette période d’observation doit être comprise comme un temps d’évaluation, mais aussi comme un temps de construction. Il ne s’agit ni d’un blanc-seing accordé au pouvoir, ni d’un prétexte à une opposition systématique. Il s’agit plutôt d’un appel à juger les faits, à analyser les politiques publiques sur la base de leurs résultats concrets et à inscrire le débat politique dans une logique républicaine et constructive. L’expérience de nombreux pays montre que le développement rapide et durable n’est possible que dans un climat de stabilité.
Des États comme le Ghana ou le Sénégal ont démontré qu’en Afrique de l’Ouest, la paix sociale, l’acceptation du jeu institutionnel et le respect mutuel entre acteurs politiques constituent des leviers essentiels du progrès. Le Rwanda a fait de la réconciliation nationale et de la discipline collective les fondements de sa reconstruction. Ces exemples ne sont pas à copier mécaniquement, mais ils nous rappellent une vérité fondamentale (aucune nation ne se développe dans la division permanente). La confrontation constante affaiblit l’État, décourage l’investissement et nourrit la défiance entre citoyens.
Notre pays a besoin d’un sursaut collectif. Mettre de côté nos ego, nos rancœurs et nos ambitions personnelles au nom de la République n’est pas un signe de faiblesse, mais une preuve de maturité politique. L’unité nationale ne signifie pas l’uniformité des opinions, mais la capacité à dépasser nos divergences lorsque l’essentiel est en jeu. Je suis convaincu que la critique demeure nécessaire dans toute société démocratique. Mais cette critique doit être responsable, argumentée et orientée vers l’amélioration de l’action publique et non vers la déstabilisation ou la division. Soutenir ce qui va dans le sens du développement national et dénoncer avec rigueur ce qui s’en éloigne, constitue un devoir citoyen.
La situation actuelle doit marquer une rupture possible avec le passé. Les décisions prises, les comportements adoptés et les discours tenus durant cette période seront jugés par les générations futures. Nous avons le choix entre reproduire les erreurs du passé ou ouvrir une voie fondée sur la paix, la cohésion sociale et le progrès partagé. À ce stade décisif, j’en appelle à l’unité de tous les Guinéens. C’est ensemble, et seulement ensemble que nous pourrons bâtir un État stable, fort et tourné vers le développement rapide et durable.
Dr Ibrahima CHERIF

