Le ministère de la culture rend hommage à Hadja Rougui Baldé, pionnière de l’industrie musicale guinéenne
L’esplanade du Palais du peuple vendredi lors d’une cérémonie dédiée à Hadja Rougui Baldé, figure emblématique de la culture. Organisé par le ministère de la culture et de l’artisanat, cet événement a permis de rendre hommage au parcours exceptionnel de la fondatrice de Gris-Gris Productions, avec la remise d’une reconnaissance, d’une enveloppe de 30 000 dollars et d’une carte d’assurance maladie à vie, marquant ainsi un hommage de son vivant.
Sous le signe de la gratitude, autorités et acteurs du monde des arts ont tenu à honorer celle qui est considérée comme l’une des premières architectes de la production musicale privée en Guinée.
À une époque où le secteur manquait de structures professionnelles, Hadja Rougui Baldé a su imposer sa vision pour structurer l’industrie culturelle. Son rôle fut déterminant dans l’émergence de talents majeurs, à l’image du monument Ibro Diabaté, dont elle a produit l’album mythique « Allah Nana » en 1993.
Par son engagement et un professionnalisme rigoureux, elle a marqué de son empreinte plusieurs générations d’artistes, s’affirmant comme une productrice éclairée, capable de transformer des voix fragiles en succès nationaux retentissants.
Cette célébration a été marquée par les prestations chargées de nostalgie de ceux qu’elle a portés vers la lumière, notamment Ibro Diabaté et Lama Sidibé, ainsi que la présence remarquée de Bras Cassé, témoignant de la fidélité des artistes qu’elle a produits et accompagnés durant sa carrière.
Le ministre de la culture, Moussa Moïse Sylla, a souligné qu’il existe des instants où ‘’les mots tremblent sous le poids de l’émotion et où l’on ne parle plus seulement pour dire, mais pour réparer, honorer et rendre à une vie ce qu’elle a donné sans jamais compter’’.
Il a décrit la récipiendaire comme une femme ayant éclairé de nombreux chemins dans l’ombre, une force discrète qui a cru en la dignité de la culture guinéenne, alors que d’autres cédaient au doute ou à la résignation.
Pour le ministre Sylla, célébrer Hadja Rougui Baldé aujourd’hui constitue un choix politique et moral fort : celui de privilégier ‘’la justice du présent plutôt que le regret de demain’’, affirmant avec conviction que la reconnaissance nationale ne doit pas ‘’attendre le silence éternel pour s’exprimer’’.
L’évènement s’est déroulé sous le regard bienveillant de grandes figures et témoins de l’histoire culturelle du pays, à l’image des anciens ministres Fodéba Isto Keira et Justin Morel Junior, ou encore du célèbre animateur Jean-Baptiste Williams, tous venus saluer cette ‘’main invisible’’ derrière tant de succès.
Selon le ministre Moussa Moise Sylla, cette cérémonie s’inscrit dans la vision globale du président Mamadi Doumbouya, qui place désormais la culture au même rang que l’éducation au sein du programme Simandou 2040.
En rendant hommage à Rougui Baldé, l’État guinéen salue non seulement une femme, mais aussi toute une génération de ‘’bâtisseurs culturels qui ont semé sans toujours récolter’’.
Le ministre a salué sa ‘’foi inébranlable et les graines semées sur une terre parfois ingrate’’, exprimant le souhait que son nom et son œuvre demeurent vivants dans la mémoire collective ‘’très longtemps après nous’’.
Visiblement émue, Hadja Rougui Baldé a pris la parole pour exprimer sa profonde reconnaissance envers le Tout-Puissant Allah, ses parents et les autorités.
En contemplant le chemin parcouru et les honneurs reçus en présence de ses pairs et de ses protégés, la pionnière a résumé l’intensité du moment par une phrase poignante, déclarant avoir vu ‘’30 ans de vie passer en 2 heures ».

Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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