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Le poste de Ministre en Guinée, les réseaux, les alliances et la responsabilité à proprement parler

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Soutra

De ce qu’on sait, en principe, le poste de ministre renvoie à une idée presque solennelle du service public. Il incarne la charge d’agir au nom de tous, de décider sous le regard de l’histoire et d’assumer, sans faux-fuyants, les conséquences de ses choix.

En Guinée, cette représentation existe bel et bien, portée par les textes (la récente constitution en l’occurrence qui met l’accent sur la compétence et la probité morale), les les attentes d’une population souvent exigeante, parfois désabusée, mais jamais totalement indifférente à la chose publique.

En effet, être membre du gouvernement devrait ainsi signifier répondre de ses actes, accepter la critique, se soumettre aux règles communes et inscrire son action dans une logique de continuité étatique plutôt que dans l’urgence du calcul personnel (ce dans quoi la plupart de nos ministres actuels sont doués).

Chaque acte qu’ils posent, est le résultat du calcul : « comment devrais-je me maintenir à ce poste ». Dans ce cadre, la responsabilité est souvent différée, diluée ou subordonnée à la préservation du réseau, ce qui transforme la fonction en ressource stratégique plutôt qu’en charge publique au sens strict.

Pourtant, réduire la fonction ministérielle à une simple logique de réseaux serait intellectuellement réducteur. La réalité se situe dans une zone de tension permanente entre normes institutionnelles et pratiques sociopolitiques enracinées dans l’histoire et la structure sociale.

Les réseaux ne sont pas uniquement des instruments de contournement de la responsabilité, ils constituent aussi des mécanismes de régulation informelle dans un environnement où l’État demeure partiellement consolidé.

De même, la responsabilité n’est pas absente, elle est souvent redéfinie selon des critères non écrits, orientés vers la stabilité politique et la gestion des équilibres sociaux. Le problème surgit lorsque ces dynamiques deviennent une fin en soi, lorsqu’elles absorbent toute l’énergie de l’action publique et transforment la charge gouvernementale en simple instrument de protection mutuelle.

La trajectoire d’un responsable public guinéen se situe donc à l’intersection de ces deux mondes. D’un côté, l’exigence morale et juridique de rendre compte, de l’autre, la nécessité pragmatique de composer avec un système où la relation précède souvent la règle.

Cette tension n’est pas propre à la Guinée, mais elle y prend une intensité particulière en raison de la personnalisation du pouvoir et de la faiblesse relative des sanctions institutionnelles. Le ministre n’est ni un simple gestionnaire rationnel ni un pur stratège des alliances, il est un acteur pris dans une toile complexe d’obligations visibles et invisibles, où chaque décision engage à la fois sa conscience, sa position et son avenir.

C’est précisément dans cette zone grise que se joue l’avenir de la gouvernance. Tant que la responsabilité restera perçue comme un risque et non comme une valeur protectrice, les logiques relationnelles continueront de primer. À l’inverse, le jour où rendre compte renforcera la légitimité plutôt que de l’éroder, ces mêmes liens pourront être réorientés au service de l’État plutôt que de sa captation.

La transformation ne viendra ni d’une dénonciation ni d’un idéalisme naïf, mais d’un lent rééquilibrage, où l’éthique publique cessera d’être une posture pour devenir une ressource, et où l’exercice du pouvoir retrouvera progressivement sa vocation première, celle de servir sans se protéger avant tout.

Aboubacar Sidiki Kaba

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