Après sa reconduction à la tête du gouvernement, Bah Oury a choisi de hausser le ton. Le Premier ministre a rappelé aux membres de son équipe les règles élémentaires de fonctionnement du gouvernement : concertation, respect de la hiérarchie et discipline.
En marge des travaux de restitution des résultats de l’atelier stratégique de concertation, de levée des contraintes et d’accélération de la mise en œuvre des mégaprojets du Programme Simandou 2040, le chef du gouvernement a fixé les principes qui devront désormais encadrer l’action de son équipe.
Trois règles : concertation, hiérarchie et discipline. Trois exigences présentées comme les fondements d’une gouvernance efficace, car aucun gouvernement sérieux ne peut fonctionner sans coordination, sans règles communes et sans une chaîne de responsabilité clairement établie. Mais pourquoi rappeler aujourd’hui ce qui devrait constituer la norme ?
La sortie médiatique de Bah Oury laisse entendre qu’un problème de coordination existe au sein de l’appareil gouvernemental. Lorsqu’un Premier ministre insiste publiquement sur la nécessité pour des ministres de se référer à lui, cela révèle une difficulté dans l’application de la hiérarchie gouvernementale.
‘’Il y a un gouvernement qui est une équipe. Et il y a un chef du gouvernement, Premier ministre, qui est votre supérieur hiérarchique direct. Vous devez vous référer. C’est indispensable. Sans cette articulation, il n’est pas possible de réussir’’, a-t-il rappelé, d’un ton ferme.
Sa sortie a suscité des interrogations sur la toile. Le Premier ministre dispose-t-il réellement de l’autorité nécessaire pour coordonner l’action de ses ministres ? Des membres du gouvernement ont-ils pris l’habitude de contourner la Primature pour accéder directement au chef de l’État ? Si tel est le cas, cette situation poserait une question majeure sur l’efficacité du dispositif gouvernemental.
Car un gouvernement ne peut être une simple juxtaposition de ministres disposant chacun de leur propre agenda. Il est une équipe appelée à porter une même vision et à produire des résultats collectifs. Lorsque les mécanismes de coordination sont fragilisés, les conséquences sont connues : lenteurs administratives, manque de lisibilité de l’action publique et gaspillage d’énergie.
Le rappel à l’ordre de Bah Oury ne suffit pas. Sa volonté ne pourra produire des effets que si elle s’accompagne d’actes concrets. L’autorité ne se revendique pas uniquement par des déclarations. Elle se construit par la capacité à faire respecter les règles, à arbitrer les différends et, surtout, à tirer les conséquences des manquements.
En affirmant que les principes de ‘’concertation, respect de la hiérarchie et discipline’’ seront ‘’non négociables’’, Bah Oury affiche sa volonté de tourner une page. Selon lui, la période de transition est terminée et l’heure est désormais à une gouvernance normale, soumise aux exigences de performance et de redevabilité.
‘’Le président m’a dit : il faut faire preuve de fermeté. Je suis d’accord avec lui. La période de la transition est terminée. Nous sommes dans le cadre de l’ordre constitutionnel. Nous sommes redevables devant le peuple de Guinée’’, a-t-il assuré.
Mais au-delà du discours, les guinéens attendent désormais des résultats. La véritable question n’est pas de savoir si le Premier ministre a rappelé les règles, mais s’il sera capable de les faire respecter. Car une gouvernance efficace ne se mesure pas à la fermeté des annonces, mais à la transformation des annonces en pratiques quotidiennes.
Si Bah Oury a fixé les règles, il lui appartient maintenant de prouver que cette volonté de reprendre la main ne relève pas d’une simple opération de communication politique, mais d’un véritable changement dans la manière de gouverner.
Ciré BALDE, pour VisionGuinee.info
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