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Le Serpent, le Lion et le Trône : fable politique au pays de Fori Coco

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Soutra

(Par Dr Faya Lansana MILLIMOUNO)

Dans un royaume lointain où régnaient les animaux, le Lion gouvernait avec grandeur et travaux. Autour de lui siégeaient les plus nobles créatures : 1) Le Hibou pour la science, 2) L’Éléphant pour la mémoire, 3) La Tortue pour la prudence, 4) L’Aigle pour la clairvoyance.

Et puis vivait un Serpent. Nul ne contestait sa finesse. Personne ne niait son intelligence. Mais tous connaissaient son mal incurable : une ambition plus longue que son propre corps.

Les anciens disaient : « Le Serpent ne dort jamais. Même lorsqu’il ferme les yeux, son ambition reste éveillée. »

Or, un matin, le Lion annonça : « Je vais choisir un Premier Ministre. »

À peine ces mots prononcés que le Serpent se dressa de toute sa longueur. «Voilà mon heure ! »

Il ne disait plus bonjour. Il ne disait plus merci. Il ne disait plus « comment allez-vous ? » Il disait seulement : « quand serai-je nommé ? »

Le Hibou osa pourtant lui rappeler : « … Mon ami, un Premier Ministre ne tient qu’à une signature. Le Roi le nomme le matin… Le Roi peut le renvoyer avant le déjeuner. »

Le Serpent éclata d’un rire sifflant. «… Une heure suffit ! Une minute suffit ! Même cinq secondes ! Je veux seulement qu’on puisse dire : Il fut Premier Ministre.»  

Les animaux échangèrent un regard inquiet. Ils comprirent que l’ambition venait de remplacer la raison.

Pendant ce temps, le Lion méditait une autre décision. Deux animaux d’une même contrée s’étaient distingués par leur sagesse, leur compétence et leur loyauté.

Le Lion confia au Hibou : «… L’un d’eux ferait un excellent Président de l’Assemblée du Royaume. »

Le Hibou approuva. « … Excellente idée, Majesté. Car ce siège est plus solide que celui du Premier Ministre. Le Premier Ministre reçoit son pouvoir du Roi. Le Président de l’Assemblée reçoit le sien du peuple. »

La Tortue ajouta : « … Le Premier Ministre vit au rythme des humeurs royales. Le Président de l’Assemblée vit au rythme des institutions. »

L’Éléphant conclut : « … L’un tient par décret. L’autre tient par mandat. »

Tous approuvèrent. … Tous… Sauf le Serpent. Il sentit son cœur battre comme un tambour de guerre. « … Impossible ! » dit-il.

« Pourquoi donc ? » demanda le Singe « Parce que si quelqu’un de ma région devient Président de l’Assemblée, le Roi ne me choisira jamais comme Premier Ministre ! » rétorque le Serpent.

Le Renard, toujours moqueur, répondit : « Tu n’en sais rien. »

« Peu importe ! » dit le Serpent. « Il ne faut courir aucun risque ! » ajouta-t-il.

À partir de ce jour, le Serpent ne chercha plus à convaincre. Il chercha à empêcher. Il souffla dans toutes les oreilles.

À l’Antilope : « Méfie-toi de lui. »

Au Buffle :  « Il est trop populaire. »

À la Hyène : « Demain il te dominera. »

Au Paon : « Tu mérites mieux que lui. »

Au Chacal : « Si lui monte, toi tu descends. »

Il parlait tant que même les arbres finirent par croire qu’ils avaient des oreilles.

Le royaume se remplit de soupçons. Les amis se regardèrent de travers. Les alliés cessèrent de se saluer. Et le Lion, fatigué de tant de querelles, renonça finalement à nommer le sage Président de l’Assemblée.

Le Serpent rentra chez lui en jubilant : « Victoire ! »

Cette nuit-là, il dormit comme un roi. Enfin… Comme un serpent qui rêve d’être roi.

Quelques jours plus tard, arriva la nomination du Premier Ministre. Le royaume retint son souffle. Le Lion signa. Le décret fut proclamé. Le nom résonna. Ce n’était pas celui du Serpent. Le silence tomba. Le Serpent leva les yeux. Le décret resta fermé. Le palais resta fermé. Le fauteuil resta fermé. Même les portes du jardin semblaient fermées.

Le Singe éclata de rire. La Hyène roula par terre. Le Perroquet répétait : « Pas Premier Ministre ! Pas Président ! Pas Premier Ministre ! Pas Président ! »

Le Renard s’approcha alors doucement du Serpent. « Alors… Comment trouves-tu ta victoire ? »

Le Serpent ne répondit rien. Il venait seulement de comprendre qu’il avait gagné le droit de perdre.

Le vieux Hibou convoqua les jeunes animaux. « Retenez cette histoire. » dit-il. « Il existe des êtres qui préfèrent perdre avec tout le monde plutôt que gagner avec quelqu’un d’autre. »

La Tortue poursuivit : « Ils confondent ambition et jalousie. »

L’Éléphant ajouta : «Ils détruisent les ponts qu’ils espèrent traverser. »

Le Lion conclut : « Le pouvoir ne récompense pas toujours les plus ambitieux. Il récompense parfois ceux qui laissent les autres grandir. »

Alors le Singe, incapable de retenir sa malice, posa la dernière question : « Comment appelle-ton quelqu’un qui empêche un autre de devenir Président de l’Assemblée… dans l’espoir de devenir Premier Ministre…et qui finit sans aucun des deux postes ? »

Le Hibou répondit sans lever la voix : «Chez les stratèges, cela s’appelle un jeu où tout le monde perd. »

Le Renard dit : «Chez les psychologues, un auto-sabotage. »

L’Éléphant dit : «Chez les historiens, une occasion perdue. »

La Tortue sourit.  Puis elle murmura : «Chez les anciens… cela s’appelle « mourir de faim devant le champ que l’on a soi-même incendié ». »

Morale

L’ambition qui refuse la réussite des autres finit souvent par enterrer la sienne. Le jaloux croit empêcher un rival de monter ; il découvre trop tard qu’il a seulement abaissé toute sa maison.

Le véritable homme d’État construit des institutions plus grandes que lui ; l’ambitieux, lui, préfère parfois régner sur des ruines plutôt que partager un royaume prospère.

Soutra
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