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Le visage de la République : Pourquoi aucune région ne doit être invisible (Par Elhadj Aziz Bah)

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Soutra

On raconte en Afrique de l’Ouest que « le baobab ne pousse pas en un jour, et ses branches s’étendent pour offrir de l’ombre à tous sans distinction. » Pourtant, au sommet de notre État, l’ombre républicaine semble parfois s’étrécir, oubliant que la Guinée n’appartient pas à une faction, mais à l’ensemble de ses enfants.

Je fais partie de ces citoyens observateurs dont le regard refuse de se détacher de la marche de nos institutions. À la parution de chaque décret, au fil de chaque arrêté de nomination ou de disgrâce, je m’impose un rigoureux devoir d’inventaire. Je parcours les listes, examine la compétence des profils, évalue l’équilibre des genres et analyse sans détours l’origine régionale et ethnique de chaque haut fonctionnaire.

Qu’on ne s’y trompe pas : cette démarche ne procède ni d’un ethnocentrisme masqué ni d’une comptabilité communautaire étroite. Elle procède d’une éthique patriotique intègre. Dans une nation où l’histoire politique a trop souvent été fragilisée par la méfiance, veiller à l’équilibre du pouvoir n’est pas un repli : c’est un acte de salubrité publique et de responsabilité morale.

Un adage populaire nous rappelle fort heureusement que « toutes les têtes réunies forment la tresse, mais une seule main ne peut l’achever ».

La Guinée est une mosaïque majestueuse. De la Guinée Maritime à la Guinée Forestière, des reliefs du Fouta Djallon aux vastes plaines de la Haute-Guinée, la compétence n’a pas de frontière régionale. Le savoir-faire n’a pas d’ethnie. Les femmes et les hommes capables de diriger nos ministères, de moderniser nos infrastructures et de réformer nos institutions se trouvent aux quatre coins de notre territoire et au sein de notre diaspora. Aucun groupe n’a le monopole de l’expertise ; aucun ne doit subir l’injustice de la marginalisation.

Lorsqu’un citoyen ne se reconnaît plus dans le visage de ses dirigeants, le pacte républicain s’effrite. La paix sociale ne repose pas uniquement sur l’absence de conflit, mais sur le sentiment profond et incontestable d’appartenir à une communauté de destin où règne la justice. L’inclusion n’est pas un privilège concédé par le pouvoir : c’est la condition sine qua non de notre stabilité.

Autrefois, nos ancêtres enseignaient sous l’arbre à palabres que « si la pirogue coule, elle n’épargne ni le rameur ni le passager ». Notre destin est inextricablement lié. Pour bâtir un développement inclusif et durable, nous devons faire de la représentativité un pilier inviolable de la gouvernance.

Il est temps d’élever notre idéal républicain. Faisons en sorte que chaque nomination ne soit plus perçue comme la victoire d’un camp, mais comme le triomphe de la méritocratie et de la cohésion nationale. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que nous offrirons à la Guinée l’avenir souverain, uni et prospère qu’elle mérite.

Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Cette tribune est publiée dans le cadre du débat citoyen sur la gouvernance et le développement de la Guinée. Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.

Soutra
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