“L’éducation d’hier et celle d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes…certains parents ont démissionné”, déplore un enseignant
Après l’arrestation du directeur d’une école privée, il y a quelques jours, pour avoir expulsé le fils d’un militaire pour une mauvaise coiffure, le débat sur les violences en milieu scolaire refait surface. Pour en savoir davantage, notre rédaction est allée à la rencontre de M. Tawo Gilbert Traoré, professeur de français et aussi directeur des études au collège Kountiyah, dans la commune urbaine de Sanoyah.
Avec lui, nous avons évoqué les problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien pour l’encadrement des élèves. Le directeur des études a prodigué des conseils aux parents d’élèves et invite les autorités en charge de ce secteur à suivre de près l’enseignement de certaines matières, notamment l’éducation civique et morale dans les établissements scolaires.
VisionGuinee : Après l’événement survenu dans une école privée à Taouyah, où un directeur a été arrêté après avoir intimé à un élève de bien se coiffer, comment faites-vous pour gérer ces cas dans votre école ?
Je voudrais vous dire que l’éducation d’hier et celle d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes. Lorsque nous étions à l’école, nous avions peur de nos enseignants et nous respections strictement le règlement. Mais aujourd’hui, certains parents ont démissionné en matière d’éducation. Quand ils accompagnent leurs enfants à l’école, ils pensent qu’il revient maintenant aux enseignants de s’en occuper. Or, l’éducation doit venir des deux côtés.
Donc, en ce qui concerne les élèves qui sont mal coiffés, nous faisons d’abord une sensibilisation. Nous leur disons : ‘Vous êtes des élèves et demain, vous serez des cadres. Donc, vous devez commencer dès maintenant à apprendre comment vivre demain dans la société. Pour cela, on vous demande d’aller vous faire bien coiffer, comme nous le sommes. Parce que les enseignants qui se trouvent là sont tous bien coiffés’. Quand on finit de leur dire cela, certains élèves qui comprennent vont le faire. Il y en a d’autres qui ne comprennent pas. Quand ils viennent, qu’est-ce que nous leur disons : ‘Petit, choisis entre rester en classe ou rester dehors, ou alors accepter qu’on te donne de l’argent pour que tu ailles te coiffer’. Si l’élève veut réellement étudier, il va accepter l’une des trois options. C’est-à-dire soit en demandant à un professeur de lui donner de l’argent, soit 1000, 2000, 3000 ou 4000 GNF, parce que ce sont nos enfants. L’enfant va aller se faire coiffer et revenir.
Mais il y en a d’autres qui ne veulent pas étudier. Et ceux-là disent : ‘En tout cas, je ne me coifferai jamais’. Parce que, tout simplement, ils veulent rester dehors. Et c’est comme cela que nous vivons ici. Mais après une prise de conscience, ils reviennent nous dire : ‘Monsieur, nous avons compris, parce qu’en restant dehors, nous allons perdre. Aidez-nous pour que nous soyons coiffés’. Et on les aide et tout se passe bien. C’est pourquoi, si vous regardez dans la cour de l’école, il y a beaucoup d’élèves qui ont fait cette prise de conscience et qui se trouvent en classe.
Est-ce que ça vous arrive qu’un élève se révolte contre un enseignant parce qu’il lui a demandé de se mettre en règle ?
Il y a toujours des tentatives, des élèves qui veulent se révolter, mais on les amène à la raison. On leur répète : là où tu te trouves, c’est un lieu d’éducation. Si tu te révoltes aujourd’hui, l’enseignant étant ton professeur, et ce professeur représentant tes parents, cela veut dire que c’est ton père et ta mère. Tu peux te révolter contre ton père et ta mère ? L’enfant nous répond directement : ‘Je ne peux pas me révolter contre eux’. Aujourd’hui, vous êtes des élèves. Demain, vous serez aussi des parents d’élèves ou des professeurs. Est-ce que le comportement que vous adoptez là, si les autres vous le font, vous serez d’accord ? Ils nous disent non. Alors, ils reviennent à la raison et se coiffent.
Est-ce que vous avez déjà fait appel à la gendarmerie pour calmer les élèves dans votre établissement ?
Depuis que nous sommes là, il y a eu une intervention de la gendarmerie une fois, mais ce n’était pas lié à ce cas de coiffure. C’était un jour de composition. Après les épreuves, certains élèves disaient que des surveillants avaient été trop stricts. Donc, ils étaient très énervés et ont voulu semer le désordre. C’est là qu’on a appelé la gendarmerie, qui est venue les dissuader. Et là, c’était une seule fois. Mais ce n’était pas lié à la coiffure.
Qu’est-ce que vous conseillez aux parents d’élèves ?
D’abord, en tant que parent d’élèves, je dois prendre mes responsabilités, sensibiliser mes propres enfants, les amener à comprendre, à faire la différence entre le mal et le bien, entre l’être et le non-être. Donc, ce que je dis à ces parents, c’est de vraiment comprendre qu’ils ne doivent pas démissionner, que l’éducation de leurs enfants leur incombe. Ils doivent nous aider pour qu’ensemble, nous conjuguions le même verbe afin que l’enfant soit bien redressé. Mais si l’enfant sait que son papa ou sa maman l’aide à aller dans une mauvaise direction, et que nous, nous voulons le mettre dans la bonne direction, alors cela devient très compliqué. Donc, nous devons conjuguer le même verbe pour que cet élève-là soit demain un homme utile pour la société.
Avez-vous un appel à lancer à l’endroit de l’État ?
L’appel que j’ai à lancer à l’endroit de l’État, c’est de faire enseigner l’éducation civique de façon normale. C’est aussi de suivre les enseignants qui dispensent cette matière dans les classes. Est-ce que cette discipline est réellement bien enseignée ? Est-ce que les enfants arrivent à bien comprendre le contenu de ce cours ? Donc, il faut organiser des formations pour qu’un professeur ne soit pas simplement quelqu’un qui veut enseigner l’ECM, mais quelqu’un qui peut réellement l’enseigner. C’est en cela que cela peut marcher. Donc, il faut la formation.
Merci beaucoup !
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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