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Les inégalités sociales de santé en Guinée : état des lieux, enjeux et perspectives (Dr Karamo Kaba)

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Soutra

I- Etat des lieux :

La République de Guinée depuis 4 ans ambitionne une croissance forte, inclusive et durable pour consolider la transformation structurelle de son économie et répondre aux aspirations de ses populations à travers un capital humain de qualité.

Certes, pour gagner ce pari, l’accent doit forcément être mis sur l’amélioration de l’état de santé des populations par une approche tendant à réduire considérablement les inégalités sociales de santé.

Le rapport annuel de l’OMS 2021, concernant la couverture sanitaire en Guinée rend obsolète les ambitions projetées, le nombre de médecins pour 10 000 habitants était à 2,08%, le pourcentage de sages-femmes 0,69% pour le même nombre d’habitants, le nombre d’habitants pour 1 centre de santé était 7 362, celui du nombre d’habitants pour 1 lit 279 103.

Selon AMAREGUI, jusqu’en fin 2023, c’était seulement à Conakry centre où étaient installés tous les centres d’hémodialyses publics.

De la capitale à Yomou, jusqu’à fin 2023, aucun centre d’hémodialyse. Cela voudrait dire qu’un patient de Mandiana ou de Doko souffrant d’insuffisance rénale n’ayant pas les moyens pour aller à Conakry ou à l’extérieur devait alors seulement se contenter de Dieu pour être soigné.

Contrairement à nos voisins Sénégalais ou Ghanéens, selon MEDIUM, Dakar abritait que 28 % de centres de dialyse (Couverture Maladie Universelle 2023).

La réduction des inégalités sociales de santé devrait être au cœur des politiques publiques de la Guinée à l’image des autres pays limitrophes. Il doit se traduire en un plan d’action, avec des objectifs précis et quantifiés, des moyens et des responsabilités.

La République de Guinée fait face à des défis énormes en terme de santé publique, avec des inégalités sociales qui entravent l’accès aux soins pour de nombreuses populations, le passage de ces deux grandes épidémies (Ebola en 2014 et Covid-19 en 2020) a montré la limite et les défaillances systématiques de la projection de nos politiques publiques de santé.

La pauvreté, l’accès limité aux structures de santé de base selon la pyramide sanitaire, la rupture des médicaments et le manque des appareils et équipements médicaux foncent d’avantage les citoyens vulnérables.

L’offre sanitaire publique n’est pas suffisante pour garantir l’accès aux soins d’une population en constante expansion, ce qui pousse beaucoup de populations à s’orienter vers la médecine traditionnelle, des cliniques anarchiques bourrés de businessmen pour recevoir clandestinement les patients.

L’une des dimensions les plus importantes de l’équité est l’égalité d’accès, bien que l’on commence également à prendre en compte d’autres dimensions plus importantes en termes de résultats, ce qui implique donc un développement conceptuel maximal, étant donné que le système de santé doit éliminer ou réduire les inégalités en termes de prévalence, de mortalité ou de perte de qualité que les différentes variables introduisent dans l’être de santé.

Pour mieux aborder cette thématique, il me semble nécessaire d’analyser en profondeur ces disparités pour comprendre les défis auxquels la Guinée est confrontée en matière de santé publique en ce début d’année 2026.

II- Analyse profonde des inégalités sociales de santé en République de Guinée :

Le manque d’infrastructures de santé est ce fardeau contribuant à accroitre exponentiellement les inégalités sociales de santé en Guinée, les structures sanitaires publiques ne répondent pas aux besoins fondamentaux des populations, si un centre de santé doit couvrir plus 8 000 habitants, c’est inquiétant car le budget alloué au système de santé est insignifiant.

Selon l’EDS 2021, la Guinée comptait 3434 établissement de santé dont 902 privés pour une population estimée à 14 000 000 de personnes, c’est incroyable.

Le manque de personnels qualifiés dans nos structures sanitaires loin de la capitale, la pauvreté, les conditions de vie précaires, le manque de routes et d’éducation de santé dont les enfants et les femmes sont les plus touchées, le coût élevé des soins sont en quelque sorte les facteurs contribuant à augmenter les inégalités sociales de santé en Guinée.

III- Impact de la lutte contre les inégalités sociales de santé :

La lutte contre les inégalités sociales de santé en Guinée est imminente pour garantir le bien-être physique, mental et social des populations et favoriser un développement durable car la santé est le soubassement de la croissance économique et de la production intellectuelle.

Si rien n’est fait pour réduire les inégalités sociales de santé, les conséquences peuvent être calamiteuses dans les années à venir comme l’augmentation des maladies chroniques et mentales, du taux de mortalité infantile élevé, fréquence élevée de la vente illicite des médicaments…

IV- La conjugaison des efforts de tous les acteurs clés :

L’on doit identifier les parties prenantes impliquées dans la lutte contre les inégalités sociales de santé en Guinée, notamment le gouvernement et ses partenaires techniques et financiers, les ONG, les associations, les centres d’écoute, la société civile, les groupements de femmes…

Certes, en travaillant ensemble, ces acteurs peuvent maximiser l’impact de leurs actions et favoriser des changements durables, mais le gouvernement à travers le ministère de la santé et de l’hygiène publique doit jouer un rôle important dans l’élaboration des politiques de santé inclusives et équitables.

V- Recommandations :

Pour réduire considérablement les inégalités sociales de santé en Guinée, je propose ces quelques recommandations :

-Investir dans les infrastructures de santé mais aussi dans la formation du personnel médical de Conakry à Yomou et l’approvisionnement en médicaments essentiels et dispositifs médicaux : nous devons être capable de meubler nos services de santé installés loin de la capitale.

Chaque année, la faculté de Médecine forment plus de 100 médecins, plus de 100 pharmaciens et plus de 500 infirmiers… malheureusement, on n’a pas une bonne politique de déconcentration car, 80 % de ces agents préfèrent servir que dans la capitale.

-Promouvoir l’éducation en matière de santé pour sensibiliser les jeunes aux bonnes pratiques d’hygiène, de nutrition et de prévention des maladies : il serait judicieux d’introduire des cours de santé dans nos écoles à partir du collège comme (Cours de bonnes pratiques d’hygiène, de prévention des maladies hydriques, de santé sexuelle), puisque tous les élèves n’auront pas la chance de fréquenter les facultés de Médecine (médecine, odontostomatologie, pharmacie…).

-Mettre en place des mécanismes de protection sociale pour garantir un accès équitable aux soins de santé pour les populations les plus vulnérables et défavorisées :

Outre une politique de santé publique suppose que chacun puisse y avoir accès, quelles que soient ses ressources, en cas de maladie, d’accident ou de handicap.

C’est l’objet de la protection sociale dans le champ de la couverture des risques de santé. Ces mécanismes sont fondés sur les valeurs de solidarité et de justice sociale. Ils sont voués à délier la demande de soins de sa contrainte financière et à permettre à toute personne de recevoir ceux en adéquation avec son état de santé.

-Favoriser l’accès aux services de santé de base, notamment la vaccination, les soins prénatals et postnatals sans également oublier le déploiement d’innovations comme les services de navigation, les cliniques mobiles ou communautaires, en vue de favoriser l’accès aux soins de tous.

-Promouvoir la santé scolaire et universitaire : Le besoin urgent en santé scolaire et universitaire en Guinée prouve à suffisance que cette catégorie sociale est aujourd’hui confrontée à de nombreux problèmes de santé comme :

La grossesse non désirée ou précoce, les maladies sexuellement transmissibles comme (le VIH/SIDA, la syphilis, les herpès, les hépatites, chlamydias, les trichomonas…), la toxicomanie généralisée, l’alcoolisme, les violences du genre se perpétuant à l’âge adulte.

Malgré ces nombreux problèmes de santé que rencontrent les élèves et étudiants guinéens, il existe très peu malheureusement de structures sanitaires qui leur sont dédiées.

Les grandes universités du pays doivent systématiquement avoir des centres médicaux, équipés et dotés des personnels qualifiés, composés notamment des psychologues, des spécialistes, des gynécologues, des généralistes et des points de vente de médocs.

Les grands lycées dont l’effectif maximum pourrait atteindre un nombre de 500 élèves doivent abriter également des infirmeries et des centres de rééducation pour permettre aux élèves de mieux s’informer sur leur environnement sanitaire.

Ces structures sanitaires ne doivent être uniquement réservées qu’aux élèves et étudiants. Ils doivent offrir des prestations curatives pour les maladies les plus fréquentes dans notre société mais aussi faire de la prévention leur cheval de bataille à travers les visites médicales, les vaccinations séquentielles et la promotion de la santé publique.

Chaque établissement public doit disposer un centre d’écoute intégré au centre médical universitaire ou scolaire dont la confidentialité des dossiers médicaux des élèves et étudiants constitueront la pierre angulaire de la fréquentation de tout service de santé par ces jeunes concernés.

-Améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour réduire la propagation des maladies d’origine hydrique et améliorer la santé des populations.

-Renforcer la collaboration entre les différents acteurs du secteur de la santé, y compris le gouvernement, les ONG et le secteur privé.

-Mettre en place des politiques de lutte contre la pauvreté et de promotion de l’inclusion sociale pour réduire les disparités économiques qui affectent l’accès aux soins de santé.

-Encourager la participation active des communautés locales dans la prise de décisions en matière de santé, en favorisant l’autonomisation et l’engagement citoyen.

VI- Conclusion :

Il est temps d’agir de manière collective et coordonnée pour réduire les inégalités sociales de santé en Guinée et faire en sorte que chaque individu ait accès à des soins de qualité, quel que soit son statut social ou économique.

Cependant, en adoptant une approche multidimensionnelle et collaborative, notre pays peut progresser vers une santé plus équitable et inclusive pour tous ses citoyens guinéens.

Dr. Karamo KABA
Spécialiste en santé publique
MBA – Gestion Pharma Biotech
Tatakaba66@gmail.com

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