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Ministère de la Pêche, de l’Aquaculture et de l’Économie maritime : Où sont les produits des pêches ?

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pêche-2[dropcap]L[/dropcap]e ministre actuel perpétue la politique de rente qui prévaut depuis plus de 25 ans dans le secteur guinéen des pêches. Dans la communication faite par le ministère de la Pêche, à travers la presse – dont Le Lynx N°1261 –, je relève des incohérences tant dans le texte que sur le tableau présenté. 

Pour commencer, je fais remarquer à ce département que la principale préoccupation de l’État et de la Banque mondiale (car elle est citée) est que le public sache régulièrement quelle est la situation de la gestion des ressources halieutiques guinéennes et non simplement celle des licences. Car qui dit pêches dit produits de pêches. C’est cela la ligne directrice d’une bonne lettre de mission à remettre à un ministre de la Pêche.

On ne développe pas, on n’a jamais développé, la pêche en ne faisant que de la simple vente de licences de pêches, en lieu et place de la vente de produits de pêche. Ce n’est pas en vendant des licences que notre voisin sénégalais perçoit 200 millions de dollars en moyenne annuelle depuis plus de 15 ans.

Dans le tableau on dit avoir vendu 82 licences à 82 bateaux (que le texte corrige cependant en précisant plutôt 45 + 2 bateaux).  Ceci au bénéfice de 8 sociétés. Le ministère a-t-il demandé à ces sociétés le nombre total des captures effectuées par les 47 bateaux dans nos eaux ? Si oui, qu’il le publie et présente aussi le montant total dont il peut se prévaloir au bénéfice de l’État, ou de l’économie guinéenne en général, à travers la vente de ces produits de pêche, comme il le fait si bien pour la vente de licences de pêches.

C’est certainement impossible, puisque qu’aucune de ces sociétés bénéficiaires de licences, je dis bien aucune, ne possède un seul bateau parmi les 47 alignés. En Guinée, il n’y a qu’une seule société qui est propriétaire de 5 bateaux, et ceux-ci ne pêchent que du poisson pélagique : c’est SONIT SARL, qui, soit dit en passant, n’est plus SONIT PÊCHE par l’enseigne qu’on voit sur ses murs.

Les autres – Thiangui, Djoliba pêche, Josemar, etc. – ne sont propriétaires ni d’une pirogue ni d’une canne à pêche en Guinée.

Je fais remarquer au ministère en charge des pêches qu’apporter directement au trésor public 3,5 millions de dollars (l’équivalent d’environ de 32,6 fameux milliards de francs guinéens) par la vente de 82 licences n’est guère un exploit. Cela participe plutôt de cette néfaste stratégie d’exploitation de nos ressources halieutiques. Et c’est très grave. Le ministre actuel perpétue la politique de rente qui prévaut depuis plus de 25 ans. Il dégrade ainsi les ressources.

Pour preuve, comparez le plan de pêche élaboré par le centre de recherches de Boussoura et le Centre national de surveillance et de protection des pêches (CNSP) de l’année 2006 avec celui de 2016. En seulement dix ans, nos ressources halieutiques sont passées d’un potentiel exploitable annuel de 245 000 tonnes à 112 000 tonnes. Voici les conséquences de la stratégie ou politique de développement de nos pêcheries.

Plus grave encore, dans le potentiel actuel, nous ne disposons plus que de 32 000 tonnes de produits à haute valeur commerciale. Les 80 000 tonnes restantes n’étant constituées que d’espèces pélagiques – chinchards et sardinelles essentiellement.

Arrêtons de vendre des licences à des navires tiers en ce qui concerne les 32 000 tonnes d’espèces démersales. Réservons cela uniquement à la pêche artisanale motorisée et aux petits bateaux artisanaux de 12 à 18 mètres et de 300 à 400 CV. Parlons produits de pêches et pas seulement licences de pêches. Car l’économie maritime c’est aussi le carburant vendu aux armements, les manutentions portuaires, les transports frigorifiques, les entrepôts frigorifiques, l’énergie électrique consommée, etc.

Chérif Diallo

Consultant en Pêches
Ex directeur général de la Société mixte guinéo-française Nouvelle Soguipêche
safrecsarl@yahoo.fr

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