Alors que le monde entier tourne ses regards vers le siège des Nations unies pour la grand-messe annuelle de l’Assemblée générale, la lucidité impose d’en dresser un constat sans concession. Autrefois conçue comme un sanctuaire d’équilibre et de diplomatie, l’ONU s’est progressivement métamorphosée en une machine d’influence, un théâtre de propagande où les rivalités géopolitiques s’affrontent et où les grandes puissances militaires cherchent à fabriquer la légitimité de leurs ambitions.
Pour le continent africain, ce rendez-vous est devenu l’épicentre d’une tragédie feutrée. Une enceinte où se succèdent les beaux discours sans lendemain, les promesses de développement jamais honorées et, surtout, une quête obstinée de visibilité. Année après année, le spectacle reste dramatiquement le même : des délégations pléthoriques traversent l’Atlantique pour s’engouffrer trop souvent par les petites portes, négociant en coulisses d’hypothétiques minutes d’audience avec les décideurs du globe.
Ce complexe d’infériorité, presque viscéral, se lit aujourd’hui à ciel ouvert. Il s’affiche dans la frénésie numérique de dirigeants et de représentants trop pressés d’immortaliser une poignée de main, une accolade furtive ou un selfie de couloir, publiés dans l’urgence sur les réseaux sociaux. Comme pour crier au monde et à leurs peuples : « Voyez, nous sommes à la table des grands. » Mais s’asseoir près du pouvoir ne signifie pas l’exercer, et chercher la validation d’autrui reste la marque première de la dépendance.
La Guinée, berceau d’histoire, dotée de ressources naturelles colossales et portée par l’énergie indomptable de sa jeunesse, n’a pas à jouer les figurants dans ce théâtre d’ombres. Elle possède toutes les cartes pour incarner une véritable rupture paradigmatique sur la scène internationale, en substituant le culte des apparences à la réalité de la puissance.
Pour la Guinée, la souveraineté nationale doit cesser d’être un slogan de tribune pour devenir une posture d’État inflexible.
La présence d’un chef d’État guinéen à New York ne se justifie que s’il y porte haut, fort et sans concession la voix de son peuple et les aspirations de l’Afrique. La Guinée porte en elle l’héritage des grandes ruptures historiques. Elle se doit de renouer avec la tradition des leaders à l’image d’Ahmed Sékou Touré ou de Muammar Kadhafi, qui n’allaient pas à l’ONU pour plier l’échine ou séduire les chancelleries occidentales, mais pour sommer le monde d’entendre la vérité des peuples dominés, dénoncer l’ordre néocolonial et imposer le respect.
Le respect mondial ne se mendie pas dans les couloirs du Conseil de sécurité ; il s’impose depuis Conakry, par la force de nos résultats et l’intransigeance de notre souveraineté. Il est temps de fermer le chapitre de la figuration et d’ouvrir celui de la grandeur.
Elhadj Aziz Bah
Note de l’auteur : Cette tribune est publiée dans le cadre du débat citoyen sur la gouvernance et le développement de la Guinée. Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.

