Ousmane Gaoual sur la dissolution de l’UFDG : “l’institution n’a pas survécu à la tentation des hommes”
Ancien responsable de la communication de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Ousmane Gaoual Diallo ambitionnait de prendre la tête du parti malgré son exclusion. Alors que plusieurs partis d’opposition ont été dissous par le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation, dont l’UFDG, le porte-parole du gouvernement parle d’échec pour ces partis.
Ousmane Gaoual Diallo rappelle que “je suis un des tout premiers acteurs politiques de ce pays. J’ai commencé à la fin des années 1980. C’était encore la clandestinité. J’étais aussi membre du premier parti politique créé, le PGP, en 1990, dont la fusion m’a amené à intégrer l’UFDG. Donc je connais toute l’évolution de l’espace politique en Guinée. Quand je dis qu’il y a un échec, les acteurs politiques que nous sommes, nous ne pouvons pas nous mettre en marge de cet échec. Nous sommes au cœur de cet échec-là, puisqu’on n’a pas su transformer les espoirs pour faire en sorte que ce soit quelque chose qui suscite et renforce l’unité nationale et la démocratie dans notre pays”.
L’ancien responsable de la communication de l’UFDG souligne que “j’en mesure pleinement la responsabilité. Et puis c’est une entreprise (UFDG) qui a suscité tellement d’espoir lorsque, au moment où nous avons quitté le PGP, il faut dire que Portos (paix à son âme) a accepté de céder, de s’effacer à la tête du PGP pour qu’on intègre l’UFDG derrière Bah Mamadou en 2005. Donc c’est quelqu’un qui a su passer la main à Bah Mamadou. Puis Bah Oury a accepté de passer la main à Bah Mamadou pour faire de l’UFDG une institution. On a créé des appareils, en tout cas du point de vue sur le papier, où il n’y avait même pas un président fort à l’UFDG. Le président de l’UFDG, c’est un président honoraire. Toutes les décisions devaient être prises par des instances”.
Le porte-parole du gouvernement accuse Cellou Dalein Diallo d’avoir mené une gouvernance sans partage. “Bah Mamadou accepte de s’effacer pour prendre la présidence d’honneur au profit de Cellou Dalein. Mais après, tout a déraillé. Parce que l’institution n’a pas survécu à la tentation des hommes, malheureusement. L’humain a pris le dessus par rapport au mécanisme de fonctionnement qui devait préserver le fonctionnement du parti démocratique. Tout a été autocentré autour d’un individu, au lieu que ce soit centré autour du projet politique qui nous initiait. Et c’est cela l’échec. Et c’est ce qui n’était pas prévu. On avait fait une institution avec des garde-fous”, déplore-t-il.
Pour étayer ses propos, Ousmane Gaoual avance que “si le président de la République commence à faire le même rôle, à voter des lois… Là, on a fait un Parlement, un Sénat, on a nommé un gouvernement, on a fait une institution militaire. Si le président commence lui-même à voter les lois, à les promulguer, à les censurer au Sénat, à tout faire à la place des individus, à la place des institutions, les institutions meurent. Surtout si le président, par la même occasion, a l’adhésion populaire. Il est soutenu par la masse qui ferme les yeux sur le fait qu’il caporalise”.
“Souvent, quand les choses déraillent dans un système, c’est lorsque ceux qui incarnent cessent de s’appuyer sur les règles démocratiques pour s’appuyer sur la clameur, le choix populaire. Et c’est ce qui arrive aux États-Unis aujourd’hui. C’est-à-dire qu’on a un président qui arrive le lendemain et qui dit : ‘La voie de l’Amérique, 50 ans d’existence fermée’. Et aucune institution ne fait vraiment le poids. Et on continue comme ça, petit à petit. Donc c’est ce qui est arrivé à l’UFDG. Parce qu’à un moment donné, les structures se sont effacées sous la popularité d’un homme et qu’il a fini par caporaliser toutes les institutions. Il n’y avait plus possibilité d’avoir un espace. Est-ce que c’était ça le projet ? Mais c’est ça qui est l’échec”, fait-il remarquer.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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