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Pluies tardives, récoltes menacées, inondations : un spécialiste alerte sur les effets du dérèglement climatique en Guinée

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Soutra

Le décalage inhabituel des saisons et le retard des pluies observés cette année en Guinée suscitent des interrogations sur les effets du dérèglement climatique. Dans un entretien accordé à notre rédaction, le spécialiste environnemental Abdoulaye Diallo alerte sur les conséquences de cette perturbation, notamment pour l’agriculture et les risques d’inondations. Il prévient que le décalage des saisons affecte directement les cultures pluviales, comme le riz, le maïs et l’arachide.

VisionGuinee : Cette année, on a constaté un décalage important avant l’arrivée tardive des grandes pluies. Comment expliquez-vous ce retard ?

Abdoulaye Diallo : D’un point de vue scientifique, le retard observé cette année s’explique principalement par une perturbation de la mousson ouest-africaine, qui apporte habituellement l’essentiel des pluies en Guinée. Depuis quelques années, les pluies deviennent plus irrégulières et commencent parfois plus tard, s’interrompent plus souvent ou tombent de manière plus intense sur une courte période. Cette évolution est influencée à la fois par le réchauffement des océans, les changements dans la circulation de l’air et les effets du changement climatique, qui modifient progressivement le régime des pluies dans les quatre régions naturelles du pays.

Ce dérèglement du régime des pluies est-il lié aux activités humaines ?

Oui, on peut établir un lien en ce sens que les activités humaines contribuent fortement au changement climatique qui perturbe progressivement le système climatique. Les travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) démontrent que le réchauffement climatique observé depuis plusieurs décennies est principalement causé par les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. En Guinée, ce phénomène global est renforcé localement par la déforestation, les feux de brousse, l’exploitation non durable des ressources naturelles et l’urbanisation rapide mal maîtrisée. Ces facteurs modifient les échanges d’eau et d’énergie entre le sol et l’atmosphère, ce qui peut perturber la distribution spatiale et temporelle des pluies.

Quelles sont les conséquences de ce décalage des saisons sur l’environnement et l’agriculture ?

Le décalage des saisons affecte directement les calendriers agricoles, en particulier les cultures pluviales comme le riz, le maïs et l’arachide. Lorsque les premières pluies arrivent tardivement ou sont suivies de longues périodes sèches, les agriculteurs peuvent semer trop tôt et perdre leurs semences, ou attendre et raccourcir leur période de culture. Ce décalage augmente les risques de baisse des rendements lorsque les semis ne coïncident plus avec les périodes optimales d’humidité du sol. Sur le plan environnemental, on observe une augmentation du stress hydrique en début de saison, une dégradation accrue des sols, des perturbations des écosystèmes et, paradoxalement, une augmentation du risque d’inondations lorsque les pluies deviennent plus intenses et concentrées sur de courtes périodes. Ceci est particulièrement important pour notre pays, dont la pluviométrie annuelle peut dépasser 3 000 mm sur le littoral, alors que certaines zones de Haute-Guinée reçoivent autour de 1 000 à 1 300 mm de pluie par an.

À votre avis, quelles sont les solutions durables que les citoyens et les autorités doivent mettre en place pour éviter les inondations et mieux s’adapter aux changements climatiques ?

Une adaptation durable repose sur une approche intégrée qui passe d’une logique de réaction aux catastrophes à une logique d’anticipation. Ce qui signifie que les autorités doivent renforcer les réseaux d’observation météorologique, les systèmes d’alerte précoce, l’aménagement des bassins versants, la cartographie et la protection des zones inondables, l’amélioration des réseaux de drainage des eaux et l’application rigoureuse des plans d’urbanisme. En parallèle, il est essentiel de promouvoir le reboisement, l’agroforesterie et les techniques agricoles résilientes au climat. Les citoyens, à leur tour, doivent contribuer à la préservation du couvert végétal, éviter l’occupation des zones inondables et assurer une gestion responsable et citoyenne des déchets afin de limiter l’obstruction des ouvrages de drainage. L’adaptation au changement climatique doit désormais être considérée comme un enjeu de développement et de sécurité nationale.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info

00224 621 85 28 75 /djiwo.barry@visionguinee.info

 

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