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Pourquoi la volatilité du Franc guinéen face aux principales devises (Dollar, Euro) ?

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Le taux de change d’une devise est le coût de cette devise par rapport à une autre, il indique combien coûte l’achat des unités d’une devise au moyen d’une autre devise et demeure l’une des variables économiques les plus complexes et les plus difficiles à prévoir.

Le marché des devises (FOREX) demeure le plus grand marché à l’échelle mondiale où s’échange quotidiennement l’équivalent de 6300 milliards de dollars, soit le double du PIB de la France.

Depuis la fin du Système Monétaire International (SMI) en 1971, la plupart des pays ont opté pour le régime de change flottant y compris la République de Guinée.

Pour rappel, le régime de change est l’ensemble des règles qui déterminent l’intervention des autorités monétaires (Banque Centrale) sur le marché des changes.

Pour la petite histoire, l’ancien Gouverneur de la Banque Centrale Américaine de 1987-2006, Monsieur Alan GREENSPAN ne comprenant pas la brusque volatilité du dollar américain face aux devises étrangères, a constitué un panel des 50 meilleurs économistes à travers le monde pendant six (6) mois, à l’effet de produire un rapport répondant à une seule question « peut-on prévoir le taux de change ?». Ces experts sont arrivés à la conclusion que la prévisibilité du taux de change relève du domaine de l’impossible. Toute chose qui dénote la complexité de cette variable centrale qu’est le taux de change.

Il existe essentiellement deux régimes de change (change fixe et flottant) :

  1. Taux de change fixe :

Le taux de change fixe correspond à un système de change où la valeur d’une monnaie est fixée par rapport à une autre monnaie, ou par rapport à une unité de compte comme l’or. Pour les pays qui choisissent un tel régime, la banque centrale s’engage à maintenir le taux de change à un niveau spécifique en achetant ou en vendant des devises sur le marché des changes.

La valeur de la monnaie ne fluctue donc pas en fonction de l’offre et de la demande sur le marché des changes, elle reste stable (Exemple, l’espace UEMOA, CEMAC).

Avantages

Stabilité monétaire, visibilité des entreprises ; protection contre l’inflation ; facilité de commerce.

Inconvénients

Manque de flexibilité :

  • Dévaluation, Vulnérabilité ;
  • Coûts des réserves de change ;
  • Triangle d’incompatibilité de Mundell (entre change fixe, libre circulation des capitaux et politique monétaire autonome).
  1. Taux de change flottant :

Les taux de change flottants fonctionnent grâce à un système de marché libre dans lequel les cours sont influencés par la spéculation et la force de l’offre et de la demande. Dans ce système, une offre accrue et une demande faible signifient que le cours d’une devise va chuter. À l’inverse, une demande accrue et une offre faible signifie que les cours vont augmenter.

Les devises flottantes sont perçues comme fortes ou faibles en fonction du sentiment de marché envers l’économie d’un pays.

Cependant, les gouvernements peuvent intervenir sur le taux de change d’une devise flottante pour maintenir le cours de leur devise à un niveau favorable au commerce international. Cela permet également d’éviter la manipulation de la part d’autres gouvernements.

Avantages

Une politique monétaire indépendante, un meilleur ajustement aux chocs extérieurs, une politique claire et efficace, un secteur financier qui se développe.

Inconvénients

Risque de volatilité, croissance et reprise économique limitée…

  1. Détermination du taux de change du Franc Guinéen (GNF) :

Quoique difficile à prévoir, quelques variables contribuent néanmoins à expliquer en partie sa variation du taux de change.

a. Le solde des transactions courantes 

La balance des transactions courantes représente la somme de la balance commerciale, de la balance des revenus et de la balance des transferts courants d’un pays. Elle est l’une des composantes de la balance des paiements.

Le déficit ou l’excédent de la balance commerciale est tributaire de la demande du franc guinéen, si les exportations sont supérieures aux importations, le franc guinée est fortement demandé ce qui se traduit par son appréciation par la loi de l’offre et de la demande. En revanche, si les importations sont supérieures aux exportations, les devises étrangères (USD, EUROS) sont fortement demandées dans le marché des devises en Guinée, ce qui se traduit par la baisse de la demande du franc guinéen, par ricochet une augmentation du taux de change entrainant la dépréciation du franc guinéen. Notons que la balance commerciale de la Guinée a enregistré un solde excédentaire qui est passé de 473 millions USD au premier trimestre 2021 à 1240 millions de USD au premier trimestre 2022, soit une amélioration de 766 millions USD. Cette embellie est due à la forte exportation des produits miniers, or l’essentialité de ces devises sont placées à l’étranger, ce qui constitue une fuite majeure sur les avoirs extérieurs nets et par ricochet la baisse des réserves de change de la BCRG. Ce qui revient à dire que l’excédent de la balance commerciale n’a pas d’externalités positives sur le taux de change du franc guinéen.

b. Taux de change en parité du pouvoir d’achat

Le différentiel d’inflation entre la Guinée et les autres pays peut également permettre de déterminer le taux de change à travers le ratio de l’indice des prix étrangers par rapport à l’indice des prix nationaux.

Si l’indice des prix nationaux augmente par le fait de l’inflation, il va sans dire que le taux de change PPA diminue et le franc guinéen se déprécie, ce qui nuit à la compétitivité de l’économie guinéenne et aggrave le déficit de la balance commerciale.

En claire, si l’inflation est plus forte en Guinée par rapport aux pays voisins, le franc guinéen se déprécie. En revanche, si l’inflation est plus faible par rapport aux autres pays, le franc guinéen s’apprécie. Pour preuve, le taux d’inflation est passé de 12,5 % en 2021 à 8,6% en 2022, au même moment, le taux de change a décru de 9563 GNF pour 1 dollar en 2021 contre 8550 GNF en 2022.

c. Le Taux d’intérêt

Le taux d’intérêt est l’une des variables économiques à travers laquelle on pourrait également expliquer la variation du taux de change.

Un taux d’intérêt est élevé en Guinée en regard de ceux observés dans les pays voisins, pourrait attirer les capitaux étrangers par l’effet d’une rémunération attractive de l’épargne. Toute chose qui permet d’augmenter la demande du franc guinéen face aux principales devises étrangères dans le marché des changes, par la confrontation de l’offre et de la demande.

La hausse de la demande du franc guinéen est un facteur d’appréciation de notre monnaie nationale par l’effet de la baisse du taux de change.

En revanche, si l’on enregistre un taux d’intérêt qui soit plus faible que ceux observés dans les pays voisins, on assisterait à une baisse de la demande du franc guinéen par la fuite des capitaux et par voie de conséquence la dépréciation du franc guinéen face aux devises étrangères, à travers hausse du taux de change. Le taux directeur de la BCRG est resté figé à 11,5% avant de diminuer à 11% en septembre dernier.

d. La stabilité politique

L’évolution du taux de change entre le franc guinéen et les principales devises s’expliquerait aussi par le niveau de la stabilité politique.

En cas de crise politique, les agents économiques peuvent anticiper une dégradation de la situation économique, ce qui pourrait conduire à une faible demande du franc guinéen dans le marché des devises, entrainant par ricochet une hausse du taux de change. Une telle anticipation peut induire une augmentation de la demande des devises étrangères.

Or, en situation de crise, la production diminue, entrainant avec elle une diminution des exportations et auquel cas, l’offre de devise peut diminuer.

Il importe donc de maintenir une stabilité politique en Guinée afin de garantir la crédibilité de notre monnaie.

Dans ses stratégies de stabilisation du taux de change, la banque Centrale doit nécessairement prendre en considération les anticipations haussières des agents économiques sur le taux de change, lors des périodes d’instabilité politique.

  1. Manipulation monétaire :

Au-delà des facteurs objectifs pouvant concourir à l’explication sur la volatilité du taux de change, il est important de préciser que certains pays manipulent volontairement leurs monnaies.

A titre d’illustration, le gouvernement chinois, à travers sa Banque Centrale, intervient régulièrement dans les taux de change pour que le yuan reste sous-évalué. Cela a pour but de déprécier le yuan, rendant ainsi les exports moins coûteux. Pour cela, la valeur du Yuan est liée à plusieurs devises.

A la suite de ces explications sur la variation du taux de change, notons que ces facteurs expliqueraient le taux de change à hauteur de 90 à 95%, ce qui veut dire qu’il existe des zones d’ombres autour de 5% qu’aucun économiste n’est parvenu à expliquer sur la variation du taux de change. Il arrive souvent qu’avec un taux d’intérêt élevé et un niveau d’inflation maitrisé, on peut se retrouver avec une hausse du taux de change et donc une dépréciation de la monnaie nationale, alors que ça ne devrait pas l’être. Il importe alors d’inclure les anticipations des agents économiques comme facteur explicatif du taux de change.

Cette situation est due au fait que les analyses partent du postulat que les variables sont constantes, or dans la vraie vie, les variables ne sont jamais constantes, cela explique toute la complexité de cette variable dont l’importance n’est plus à démontrer dans le processus de stabilisation du cadre macroéconomique des pays.

En tout état de cause, le taux de change dépend :

  • A court terme du taux d’intérêt anticipé ;
  • A moyen terme du solde commercial ;
  • A long terme de la variation des prix (inflation-déflation).

En Guinée, la prédation et la prévarication des deniers publics avaient accentué la demande des devises en influençant dans une certaine mesure la hausse du taux de change et par ricochet la dépréciation du franc guinéen. Il vous souviendra qu’au lendemain des évènements du 05 septembre, avec la mise en place de la CRIEF, le franc guinéen a connu une appréciation sans précèdent par la baisse drastique du taux de change. Cela est imputable à la baisse de la demande de devises par l’effet de la lutte contre la corruption prônée par le CNRD.

Pour pallier la volatilité du taux de change, la Banque Centrale doit mener une politique monétaire et de change disciplinée et indépendante, elle doit également formaliser l’activité des cambistes de manière à réduire l’écart entre le taux de change officiel et celui du marché parallèle, car ces derniers font parfois de la spéculation pour renchérir le taux de change. Bien entendu les agents économiques doivent avoir la possibilité de se Prémunir contre les risques de change (achats à terme et achats optionnels des devises).

Abdoulaye GUIRASSY
Economiste, Politologue

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