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Pourquoi les prix des denrées alimentaires sont invariants à Conakry après l’incendie du dépôt d’hydrocarbures de Kaloum ?

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A Conakry, dans une certaine mesure et sous certaines conditions, tous les prix des denrées alimentaires sont liés au prix du carburant. Mais grâce aux efforts conjugués et avec les différents communiqués de crise du gouvernement CNRD, les prix du carburant n’ont pas changé à Conakry après cette tragédie d’incendie du dépôt d’hydrocarbures de Kaloum du 18 décembre 2023.

Cette rationalisation de la vente du carburant à Conakry expliquerait en grande partie l’invariabilité des prix des denrées alimentaires. A noter que cet article désigne comme carburant: l’essence, le gasoil et le kérosène; et Conakry comme le Grand Conakry, Dubréka et Coyah y compris.

Par contre, ce même gouvernement CNRD causa un choc négatif à l’économie guinéenne en général. Quand le Premier ministre Bernard Goumou déclare le vendredi 22 décembre devant les parlementaires de la CNT que : « Je voudrais attirer l’attention de nos honorables conseillers que notre pays a été très durablement frappé. Aujourd’hui, en regardant l’évolution de la crise, je veux ici vous affirmer que nous traversons une tragédie. Tragédie dans le sens où la plupart de nos ministères ne fonctionnent pas, je veux parler des services publics qui sont aux arrêts. La plupart de nos entreprises publiques et privées qui payent des taxes sont à l’arrêt. Je veux dire également que le système du transport est également à l’arrêt. Et quand le système des transports est à l’arrêt, ça veut dire que jusqu’au dernier village de la République de Guinée est impacté ».

Cette déclaration du Premier ministre crée un choc négatif à l’économie guinéenne en général  et en particulier à l’économie du Grand Conakry. Ce qui se répercutera forcément sur les prix des denrées alimentaires. Mais ce choc est moins effectif sur l’économie guinéenne, car il a déjà été révélé à la population guinéenne par le Premier ministre que l’avenir sera difficile en Guinée. Donc, la population guinéenne et les commerçants s’adapteront automatiquement à cette situation particulière. Non seulement la population de Conakry va commencer à rationaliser ces denrées alimentaires de consommation qu’elle va acheter mais aussi les commerçants s’accommoder à cette nouvelle réalité.

A côté de l’impact sur les prix des denrées alimentaires que cet incendie du dépôt d’hydrocarbures de Kaloum a causé, cet article décrit cette tragédie par le fait que Dieu aime la Guinée et la population guinéenne est résiliente aux crises. Sinon, une tragédie qui attaque les produits inflammables situés à moins de 200 à 300 mètres des habitations, même de nuit, aurait pu se solder par un tourbillon de panique d’une ampleur que même les forces de défense et de sécurité n’auraient pu contrôler les conséquences dans l’immédiat. Cet amour de Dieu envers la Guinée a pu circonscrire cette catastrophe. Puisque le feu a pris le dépôt du carburant de Kaloum vers 00 heure, un moment où la commune de Kaloum s’était vidée de sa population et la circulation était quasiment inexistante.

Si cette tragédie avait eu lieu la journée, les dégâts auraient été colossaux. Kaloum, centre névralgique d’affaires du pays grouillant du monde de 7h du matin à 21h, une explosion en plein jour et qui ferait consumer tant de litres de carburant 40 000 m³ aurait créé une panique dont les dégâts matériels et humains auraient été inestimables. De même, si la tragédie avait eu lieu au moment où le vent soufflait fort sur la presqu’île, le feu se serait propagé presqu’instantanément sur toute la presqu’île, voire au-delà.

Et Dieu merci, puisque quand cette tragédie a eu lieu, la population riveraine du dépôt de carburant a fait preuve d’un remarquable sens de résilience. Ceci démontre à quel point les épreuves les plus imprévisibles sont capables de révéler des qualités extraordinaires de courage d’une population qui a su prendre la mesure du drame et s’orienter avec l’aide des secouristes vers les zones de replis. Peu de population aurait eu une telle attitude face à cet évènement.

En revanche, selon l’ancien Premier ministre Kabiné Komara, «l’incendie du dépôt d’hydrocarbures de Kaloum a plutôt réveillé un sentiment de solidarité entre les guinéens. Loin de fissurer le tissu social, cette tragédie a, au contraire, révélé l’extraordinaire capacité des guinéens à se donner la main pour venir en aide aux populations impactées dans un élan de générosité. Ceci prouve que les guinéens quelque part tiennent à traduire en acte concret le troisième thème de leur devise, la solidarité.»

Il est en effet merveilleux de constater le flot des compagnies, des sociétés et des personnes de bonnes volontés qui ont effectué des dons de diverses natures pour soulager et épancher le sinistre qui s’est abattu sur nos compatriotes affectés. Il est même étonnement admirable de noter que même les bureaux qui ont été éventrés n’ont pas subi d’attaques de malfaiteurs. C’est cette Guinée faisant preuve de tant de dignité et de profondes valeurs humaines en cette période difficile que nous devons avoir à cœur de solidifier et de perpétuer. Continuons donc à approfondir et élargir l’élan de solidarité sur tous les fronts pour que les impacts de cette tragédie soient de moins en moins ressentis en attendant que le gouvernement trouve des solutions durables et que le pays tire les grandes leçons qu’il faut de cette amère tragédie. C’est à ce prix que les guinéens donneront la preuve qu’ils sont d’une même famille.

Malgré cette résilience de la population de Conakry face aux crises et cette solidarité entre les guinéens, comment s’explique l’invariabilité des prix des denrées alimentaires à Conakry après l’incendie du dépôt d’hydrocarbures de Kaloum ?

Les prix (qui ont été pris au marché Entag) des denrées alimentaires analysés  dans cet article sont :

  • Un kilo de riz local : 8000 GNF et un sac de riz Bangladesh : 325.000 GNF
  • Un sac d’oignon: 300.000 GNF et un sac de pomme de terre: 280.000 GNF
  • Un bidon d’huile d’arachide : 300.000 GNF et un bidon d’huile de palme: 250.000 GNF
  • Un kilo de poisson frais : 40.000 GNF et un kilo de poisson fumé konkoï : 35,000 GNF
  • Une boite de lait Gloria concentré sucré : 5.000 GNF et une boite de lait gloria non sucré et non concentré: 4.500 GNF
  • Une boite de mayonnaise Bama : 35.000 GNF et une boite de beurre Margarine : 25.000 GNF
  • Une baguette de pain à farine : 5.000 GNF
  • Un kilo de sucre : 11.000 GNF

Il faut noter que les commerçants du Grand Conakry possédaient déjà du stock de marchandises de ces denrées alimentaires dans leurs magasins avant l’incendie du dépôt d’hydrocarbures de Kaloum. Donc, cette disponibilité des stocks de denrées alimentaires fait qu’après l’incendie, les commerçants sont occupés à vendre leurs denrées alimentaires existantes plutôt qu’à augmenter les prix de ces denrées alimentaires.

Ce qui explique davantage qu’après la tragédie au dépôt d’hydrocarbures de Kaloum, le prix d’un kilo de riz guinéen; d’un sac de riz Bangladesh; d’un sac d’oignon; d’un sac de pomme de terre;  d’un bidon d’huile d’arachide; et d’un bidon d’huile de palme se vend presqu’au même prix qu’avant l’incendie du dépôt de carburant de Kaloum. Alors, les prix des denrées alimentaires restent quasiment les mêmes. Cela peut être prouvé mathématiquement en définissant les paramètres comme suit :

A part le poisson dont le prix est très volatile, cet article désigne la demande de toutes les denrées alimentaires comme suit :

(i) D = D(pt ),

Où D est la fonction de demande de toutes les denrées alimentaires étudiées dans cet article, excepté le poisson (frais ou fumé). La fonction de demande dépend d’un temps t associé au prix P de toutes les denrées alimentaires étudiées après l’incendie.

(ii) S = S(Pt)

Où S est la fonction de l’offre de toutes les denrées alimentaires étudiées, excepté le poisson (frais ou fumé). La fonction de l’offre dépend d’un temps t associé au prix P de toutes les denrées alimentaires étudiées après l’incendie. Laissons :

(iii) F = D-S; F = D(pt )-S(Pt)

En utilisant  le théorème des fonctions implicites, on obtient le suivant :

(iv)      ∂F/∂S                        – S’(Pt)
–  —— =               –        ——  =
∂F/∂D                          D’(Pt)

Comme en économie, l’offre égale à la demande (S = D; S(Pt) = D(pt )), donc l’expression (iv) qui est obtenue en prenant la dérivée partielle de la fonction F par rapport à l’offre divisée par la dérivée partielle de la fonction F par rapport à la demande est égale à la constante 1. Ce qui explique mathématiquement que les prix des denrées alimentaires étudiées dans cet article sont restés constants après l’incendie.

Par ailleurs, dans cet article, peut-on utiliser la même méthode mathématique pour prouver comment le prix du poisson a augmenté à Conakry ? Cet article suppose que les poissons consommés en Guinée et à Conakry proviennent des quelques bateaux de pêches qui opèrent dans nos océans et des pêcheurs artisanaux qui travaillent dans les 284 débarcadères situés le long de nos côtés. Et comme l’utilisation du carburant a été rationalisée à Conakry, alors les pêcheurs sont obligés d’augmenter les prix des poissons à Conakry puisque les pêcheurs ont du mal à trouver le carburant pour aller pêcher. Surtout que c’est les poissons pêchés la veille ou au petit matin du même jour qui sont consommés en Guinée et à Conakry par faute à grande échelle de lieux de conserve de poisson congelé dans tout Conakry. Ce qui justifierait alors l’augmentation du prix des poissons à Conakry et surtout au marché Entag où nous avons enquêté. Là où le prix d’un kilo de poisson frais est passé de 40.000 GNF pré-incendie à 55.000 GNF le kilo post-incendie et un kilo de poisson fumé konkoï est passé de 35.000 GNF le kilo à 45.000 GNF

Il faut aussi préciser que le gouvernement CNRD avec ses différents communiqués post-incendie, avait ordonné l’arrêt systématique de la vente de l’essence pendant trois jours ou plus à Conakry. Seulement le gasoil se vendait en ce moment. Cela permettra aux commerçants de ne presque pas vendre de denrées alimentaires pendant une semaine. Donc, à la reprise lente du système économique à Conakry avec la vente rationnée de l’essence, les commerçants veulent vendre leurs marchandises de denrées alimentaires existantes au lieu d’augmenter les prix des denrées alimentaires.

Les précautions du gouvernement CNRD de rationaliser lentement la vente de gasoil et de l’essence contribuent alors sans doute à l’invariabilité des prix des denrées alimentaires. Puisque cette rationalisation de la vente de l’essence et du gasoil contribue à ralentir la distribution des denrées alimentaires ce qui de facto freine l’augmentation des prix des denrées alimentaires à Conakry.

Que Dieu veille sur la Guinée de Conakry et que Dieu aide la Guinée à traverser cette tragédie d’incendie du dépôt d’hydrocarbures de Kaloum. Amen !

Ibrahima Tamba Yaradouno
Economiste Doctorant
Professeur Adjoint d’Economie à Wayne State University
Detroit, Michigan USA
tamba_y@yahoo.com

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