Oumar Bailo Diallo, âgé de 27 ans, est accusé d’avoir assassiné Aïssatou Lamarana Diallo en avril 2024. C’est ce lundi 27 avril que l’accusé est devant les juges du tribunal de première instance de Coyah pour répondre des faits à lui reprochés.
La victime, Aïssatou Lamarana Diallo, mariée et mère de famille, était la cliente de l’accusé, gérant d’un kiosque à Gomboyah, à qui il livrait de la cigarette. Le prévenu est également accusé d’avoir entretenu une relation amoureuse avec la défunte.
Devant le juge Morlaye Soumah, le détenu a nié en bloc les faits qui lui sont reprochés. ‘’Je n’ai jamais ôté la vie de quelqu’un. J’ai été traduit ici parce que ces gens sont plus forts que moi. C’était une vendeuse de cigarette. Un jour, elle m’a dit : ‘Je vends à beaucoup de personnes ici, toi aussi, il faut acheter’. C’est comme ça que j’ai commencé à acheter avec elle. Elle m’a dit de prendre son contact au cas où j’aurais besoin de marchandises, de l’appeler’’, témoigne-t-il.
Selon lui, ‘’le jour de mon arrestation, ils sont venus embarquer mes clients que j’avais laissés dans mon kiosque. Moi, c’est en cours de route qu’ils m’ont interpellé. Et à la gendarmerie, ils ont libéré les autres, sauf moi. Il y avait eu un différend entre le fils de la dame et moi. Un de ses enfants est venu me battre pour dire que je sors avec sa mère. En ce temps, la dame n’était pas là. À son retour, elle est venue me demander pardon et me dire de ne pas arrêter d’acheter avec elle et qu’elle allait gérer la situation avec son fils’’.
‘’Le jour où elle a été assassinée, j’ai veillé jusqu’à 23h. J’ai demandé aux clients de partir parce que j’étais fatigué. J’ai fermé ma place, je voulais partir au carrefour pour chercher à manger, mais puisqu’il faisait tard, j’ai finalement acheté de la viande avec mon voisin. J’ai mangé devant eux et je me suis retourné ouvrir mon kiosque pour dormir. Je ne connais rien dans cette affaire. Ils m’ont envoyé ici parce que tout simplement il y a eu ce différend entre nous’’, assure Oumar Baïlo Diallo.
Face aux questions du procureur Moustapha Mariama Diallo et de son avocat Abdoulaye Keita, le prévenu a continué de nier les accusations portées à son encontre.
Invité à la barre pour son témoignage, le lieutenant Alpha Issagha Diallo, frère de la défunte, a été la dernière personne à avoir vu Aïssatou Lamarana Diallo.
‘’Le 9 octobre 2024, je suis allé à Gomboyah chez ma sœur. Je l’ai prise dans ma voiture, on est allés à Maférinyah où j’avais construit une maison pour elle. Arrivés sur les lieux, , je lui ai remis les clés de sa maison. Elle a appelé mon père pour lui dire qu’elle était heureuse, parce que j’ai construit une maison pour elle. À 19h, nous sommes revenus à Coyah et nous nous sommes séparés. Moi, je suis parti chez moi à Kouriah et elle vers Gomboyah. Mais personne n’a appelé l’autre pour prendre de ses nouvelles. Le lendemain, son mari m’appelle pour me dire que son corps a été retrouvé devant l’école militaire de Manéah. Arrivé sur les lieux, j’ai constaté les faits. On a pris une ambulance pour transporter son corps à l’hôpital Ignace Deen’’, relate-t-il.
En ce qui concerne les liens entre sa sœur et l’accusé, lieutenant Alpha Diallo souligne que ‘’j’ai appris qu’il y avait une relation entre elle et ce jeune par le biais de son fils. Je confirme qu’elle a été aussi victime d’une attaque où les assaillants lui ont pris 11 millions GNF. Même moi, deux mois après son décès, j’ai été attaqué entre Coyah et Labotha par des malfrats’’.
Mamadou Alpha Baldé, époux de la défunte, marchand de profession, a aussi livré sa part de vérité.
‘’C’est le jeune frère de ma femme qui est venu la chercher pour partir à Maférinyah. Puisque je savais déjà qu’elle était avec son frère, le soir, j’ai fermé ma boutique et je suis allé me coucher. Le lendemain matin, j’ai ouvert ma boutique. J’étais assis là quand une de mes jeunes sœurs m’a appelé pour me dire que le corps de ma femme a été retrouvé devant l’école militaire de Manéah. Quand j’ai vu son corps, j’ai appelé son petit frère et mon fils qui est militaire pour les informer. Après, on a pris son corps pour l’envoyer à l’hôpital’’, affirme-t-il.
‘’Je connais l’accusé depuis longtemps. Nous sommes tous du quartier. Avant, je le voyais avec ma femme pour acheter de la cigarette. Il venait acheter aussi de la marchandise chez moi. J’avais dit à ma femme : ‘Tes liens avec ce jeune, je n’en veux pas. Ce garçon peut avoir l’âge de mon fils (…)’. Un jour, mon fils est venu chez moi, mais comme j’étais occupé à débarquer ma marchandise, il est parti avec ses copains dans le kiosque de Oumar Baïlo. Je suis venu lui demander qu’est-ce que tu fais ici ? Il m’a dit qu’il ne pouvait rien me dire. Il s’est retourné à son service’’, confie l’époux.
Dans ses réquisitions, le ministère public assure que l’accusé a agi avec préméditation dans l’assassinat de dame Aïssatou Lamarana Diallo.
‘’Ce meurtre a été commis avec préméditation et guet-apens. Il est constant, comme résultant des pièces fournies au dossier de la poursuite, mais aussi des déclarations tenues, tant à l’enquête préliminaire qu’à l’audience publique, et cela en passant par le juge d’instruction, que Oumar Baïlo Diallo était en relation d’affaires avec Aïssatou Lamarana Diallo. Cette relation a duré jusqu’à ce qu’il y ait eu des soupçons de concubinage entre l’accusé et la défunte’’, estime-t-il.
Le procureur fait remarquer que le prévenu a été interpellé après que son téléphone ait été examiné par l’ARPT. ‘’Personne n’a cité Oumar Baïlo Diallo. C’est à travers le traçage de son numéro de téléphone et celui de la victime que son numéro est sorti. Donc c’est technique et scientifique. Ce qui est constant, c’est qu’il y a eu des échanges et des communications la veille de l’assassinat. Il y a eu une communication qui a duré une trentaine de minutes, ce qui contredit l’accusé qui affirme n’avoir jamais communiqué avec la dame’’, explique-t-il.
En conséquence, le ministère public demande de ‘’retenir l’accusé dans les liens de la culpabilité, le déclarer coupable et convaincu du crime d’assassinat, des faits punis par les dispositions de l’article 208 du Code pénal. Pour la réquisition, vous le condamnerez à 20 ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sûreté d’au moins 15 ans. En prenant une telle décision, vous aurez rendu une bonne et saine justice’’.
Lors de ses plaidoiries, l’avocat Abdoulaye Keita demande au tribunal d’appliquer l’article 544 pour prononcer l’acquittement pur et simple de son client, pour faute de preuves constituées à son égard.
‘’S’il n’y a pas de preuve, acquittez librement et simplement Oumar Baïlo Diallo. Je suis convaincu qu’il ne peut pas donner la mort à sa copine. Je vous prie d’appliquer l’article 544 du Code de procédure pénale, il va rentrer à la maison. Ce n’est pas lui qui a tué Aïssatou Lamarana. Est-ce que lui, il a tout cet arsenal pour aller tuer Aïssatou Lamarana tandis que cette dernière était avec son frère ?’’, s’interroge-t-il.
Pour assurer sa défense, l’accusé a plaidé la clémence du tribunal : ‘’Je suis là pour quelque chose que je n’ai pas commis. Je vous prie de me libérer, je ne connais rien dans cette affaire’’.
L’affaire est renvoyée pour décision à rendre ce 28 avril.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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