Présidentielle du 28 décembre : l’OIF salue un scrutin apaisé et appelle à corriger des ‘’incohérences législatives’’
Réunie à Conakry le 30 décembre 2025, la Mission électorale de la Francophonie (MEF) a rendu sa déclaration préliminaire sur le déroulement de l’élection présidentielle du 28 décembre. Tout en félicitant les autorités pour la tenue du scrutin dans le calme, la délégation conduite par l’ambassadeur Désiré Niarouiri pointe des incohérences législatives et appelle à un renforcement des capacités pour les futurs cycles électoraux.
Dans cette déclaration, la mission de la Francophonie rappelle que c’est à l’invitation des autorités guinéennes que la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, a déployé une mission électorale en Guinée.
La mission, conduite par l’ambassadeur Désiré Niarouiri, conseiller spécial diplomatique et politique de la secrétaire générale, est composée d’une représentante de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie et d’experts provenant de divers pays francophones.
‘’La MEF a été reçue en audience par le Premier ministre et le ministre des affaires étrangères, de l’intégration africaine et des guinéens établis à l’étranger. Elle s’est entretenue avec les représentants des organes et institutions chargées du processus électoral, à savoir : la Direction générale des élections (DGE), l’Observatoire national autonome de supervision du référendum, la Cour suprême, la Haute autorité de la communication, ainsi qu’avec le CNT et des candidats à l’élection présidentielle’’, indique la mission dans sa déclaration.
Elle s’est également entretenue avec les missions électorales de l’Union africaine, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et de l’Union du fleuve Mano.
Elle a enfin échangé avec les autres missions nationales d’observation électorale, notamment la Dynamique Œil du Citoyen et l’Ouest Africa Network For Peacebuilding (WANEP). ‘’La MEF s’est attachée à évaluer, en application de son mandat et des dispositions de la déclaration de Bamako du 3 novembre 2000, les conditions de préparation et de déroulement de l’élection. Le jour du scrutin, les membres de la MEF ont suivi les opérations de vote dans une cinquantaine de bureaux de vote dans les communes urbaines de Conakry’’, explique la mission de l’OIF.
Ainsi, sur la base des analyses et entretiens avec les organes et acteurs du processus électoral, y compris la société civile, la mission ‘’établit les constats préliminaires suivants : l’adoption du cadre électoral a constitué une étape décisive et a été réalisée avec célérité. Toutefois, le nouveau code électoral contient des dispositions contradictoires avec celles de la Constitution, notamment sur l’âge des candidats à l’élection présidentielle’’.
La mission souligne que ‘’les différentes institutions électorales (DGE, HAC, Cour suprême, etc.) ont su relever le défi de l’organisation de l’élection dans les délais prévus. La campagne électorale s’est globalement bien déroulée, sans violence ni heurts. Les candidats ont bénéficié d’un égal accès aux médias publics. L’État a mis à leur disposition une équipe de professionnels pour couvrir leurs activités’’.
Cependant, fait constater la mission, ‘’certains candidats ont informé la mission électorale de la Francophonie de menaces sur leurs militants et représentants et d’empêchement d’accès à certains lieux publics pour battre campagne’’.
La mission a par ailleurs noté une ‘’disparité de moyens entre les candidats. L’État a financé les candidats en allouant à chaque candidat 2 milliards de francs guinéens. Les bureaux de vote visités par la mission ont ouvert et fermé aux heures légales. Les listes d’électeurs n’étaient pas systématiquement affichées devant les bureaux de vote visités par la mission. Les membres des bureaux de vote et les agents de sécurisation des élections ont activement participé à l’orientation des électeurs et à la sécurisation des opérations et lieux de vote’’.
Sur le terrain, les observateurs de la Francophonie disent avoir constaté que ‘’les matériels et documents électoraux étaient disponibles en quantité suffisante dans la majorité des bureaux de vote visités. Les procès-verbaux de dépouillement ont été remis à la clôture du vote dans plusieurs bureaux. Les isoloirs assuraient le secret du vote et les urnes étaient scellées et transparentes. Les procédures d’authentification des électeurs, ainsi que la remise des bulletins de vote par les membres des bureaux de vote, ont été appliquées de manière systématique. Dans la majorité des bureaux de vote visités, les agents électoraux étaient au complet. Les membres des bureaux de vote présents ont fait preuve de courtoisie et de disponibilité. Le vote s’est déroulé de manière fluide. Les délégués des candidats n’étaient pas systématiquement présents dans les bureaux visités. Les opérations de vote dans les bureaux visités se sont déroulées dans un climat globalement apaisé, ordonné et sans incident. Les femmes et les jeunes étaient fortement mobilisés en tant qu’électeurs et membres des bureaux de vote. Toutefois, la majorité des présidents des bureaux de vote étaient des hommes. Par ailleurs, parmi les délégués des candidats ou partis, la présence des femmes était limitée, tandis que les jeunes étaient très largement représentés’’.
Ils ont également remarqué que ‘’les forces de l’ordre étaient visibles dans les centres de vote et ont fait preuve de professionnalisme et de courtoisie. Leur présence dans les bureaux de vote, notamment lors du dépouillement, était remarquée’’
La mission salue par ailleurs ‘’la maturité et la responsabilité des électeurs guinéens, et relève des difficultés dans la conduite du dépouillement, traduisant une compréhension inégale des procédures et dispositions électorales, notamment en ce qui concerne les modalités du dépouillement, l’appréciation des bulletins nuls et la réconciliation des suffrages avec le nombre de votants’’.
La mission appelle les candidats à ‘’recourir aux voies légales en cas de contestation des résultats régulièrement publiés par les organes et institutions habilités. La mission, se fondant sur les éléments susmentionnés, formule les recommandations préliminaires suivantes : assurer la cohérence entre les textes constitutionnels et électoraux et garantir une large diffusion’’.
Elle recommande de ‘’renforcer la formation des agents électoraux et des forces de défense et de sécurité sur leurs rôles respectifs ; renforcer l’éducation électorale des électeurs afin de réduire le nombre de bulletins nuls et capitaliser sur l’expérience acquise par les organes électoraux en vue des prochains scrutins’’.
La mission électorale de la Francophonie apprécie ‘’positivement le déroulement de l’élection présidentielle dans le calme et la sérénité, et réitère la disponibilité de l’Organisation internationale de la Francophonie à poursuivre son accompagnement du processus de sortie de transition en Guinée’’, avant de saluer les efforts déployés par ‘’les autorités guinéennes en vue du renforcement de la paix, de la démocratie et des institutions de l’État de droit’’.
À cet égard, elle encourage les parties prenantes guinéennes à ‘’privilégier le dialogue et la concertation et à recourir aux voies légales en cas de contestation’’.
La mission annonce qu’elle rédigera un rapport final et formulera des recommandations plus détaillées qui viseront à contribuer au renforcement de la démocratie et des institutions de l’État de droit en Guinée, dans la perspective des prochains cycles électoraux.
A travers cette mission, l’OIF réitère sa disponibilité à accompagner les acteurs guinéens dans la mise en œuvre desdites recommandations. Elle félicite ‘’les autorités guinéennes, en particulier à la Direction générale des élections, pour l’organisation du scrutin et remercie le peuple guinéen pour l’accueil et l’hospitalité réservés à la délégation de l’Organisation internationale de la Francophonie’’.
Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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