Prix littéraire Williams Sassine : la 5ᵉ édition met les femmes au cœur de la mémoire et de la résistance
Le Centre d’innovation et de recherche pour le développement (CIRD) a officiellement lancé, le 31 juillet 2026 à Conakry, la 5ᵉ édition du Prix littéraire Williams Sassine. Placée sous le thème : « Femmes, mémoires et résistances », cette édition rend hommage à l’écrivaine guinéenne Hadja Djénabou Koumanthio Diallo. Le concours, ouvert aux jeunes auteurs de 18 à 35 ans, conserve son caractère international et entend une nouvelle fois servir de tremplin aux talents littéraires du monde francophone.
Après quatre éditions consacrées à de grandes figures masculines de la littérature guinéenne, le Prix littéraire Williams Sassine franchit cette année une nouvelle étape en mettant les femmes à l’honneur.
Le choix s’est porté sur Hadja Djénabou Koumanthio Diallo, désignée à l’issue d’un vote organisé auprès des internautes sur les plateformes numériques du CIRD.
Cette démarche participative constitue l’une des innovations de cette 5ᵉ édition. Quatre femmes inspirantes avaient été présentées au public à travers des portraits et des témoignages vidéo. Les internautes ont ensuite été invités à choisir celle qui devait recevoir l’hommage officiel du prix.
Pour le CIRD, ce choix traduit également la volonté de reconnaître la place des femmes dans la littérature et dans la construction de la mémoire collective guinéenne.
Présidente du Conseil d’administration du CIRD, Dr Safiatou Diallo a rappelé la dimension internationale du Prix Williams Sassine et sur les opportunités qu’il offre aux jeunes écrivains.
“Les jeunes guinéens doivent saisir cette opportunité pour se faire connaître à l’international, parce que l’avantage de ce prix, c’est justement son caractère international. Les auteurs vont également être publiés. Même ceux qui ne seront pas primés pourront voir leurs meilleurs textes publiés dans un recueil. C’est donc important que les Guinéens puissent avoir un prix international et aller affronter les autres. C’est une très, très grande et belle opportunité pour la jeunesse guinéenne”, a-t-elle déclaré.
Le concours se distingue par son ouverture au-delà des frontières guinéennes. Selon la présidente du PCA du CIRD, des participants issus de plus de 45 pays ont déjà pris part aux différentes éditions.
Aucune limite n’est fixée quant au nombre de candidats. Le concours est toutefois soumis à des règles précises destinées à garantir son équité et sa crédibilité. La date limite de dépôt des candidatures est fixée au 20 septembre 2026.
Dr Safiatou Diallo invite les candidats à prendre connaissance du règlement avant de soumettre leurs textes, notamment en ce qui concerne l’anonymat.
“Le prix est anonyme, c’est ce qui fait sa rigueur et c’est ce qui fait sa crédibilité. C’est vraiment l’anonymisation de ce prix qui donne toute sa rigueur”, a-t-elle expliqué, précisant que le nom de l’auteur ne doit pas apparaître dans la nouvelle.
Les textes doivent être écrits par les candidats eux-mêmes. Le recours à l’intelligence artificielle est exclu du concours. “Il faut écrire une nouvelle, il faut l’écrire seul, et surtout il ne faut pas écrire cette nouvelle par l’intelligence artificielle, parce qu’on aura les moyens de détecter”, a averti Dr Safiatou Diallo.
Le thème retenu pour cette édition veut placer la contribution des femmes au centre de la réflexion sur la société et l’histoire de la Guinée. Pour Dr Diallo, la question de la mémoire ne peut être dissociée du rôle joué par les femmes.
“Nous n’avons pas aujourd’hui besoin qu’on nous rappelle la puissance des femmes, surtout dans ce pays. Nous n’avons pas besoin qu’on nous rappelle qu’il y a des femmes qui portent très haut les valeurs de notre pays. Et comme sans femme il n’y a pas de société, et sans femme il n’y a pas de mémoire, et la Guinée a besoin de construire sa mémoire et son histoire, les femmes sont au cœur de notre société. C’est pour cela que nous rendons hommage aux femmes”, a-t-elle expliqué.
À travers ce thème, le CIRD entend ainsi ouvrir un espace d’expression consacré aux expériences, aux combats, aux héritages et aux résistances portés par les femmes.
Le directeur général du Centre de lecture publique et d’animation culturelle (CELPAC), représentant le ministre de la culture, du tourisme et de l’artisanat, a indiqué que le Prix Williams Sassine constitue aujourd’hui l’un des instruments de rayonnement de la littérature guinéenne, en permettant à des écrivains nationaux et internationaux de se confronter autour de la création littéraire.
“Le Prix Williams Sassine est un prestigieux prix que la Guinée a eu l’honneur de lancer et qui est aujourd’hui un prix international. Pour nous, ministère de la culture, ce prix met en valeur non seulement l’un des monuments de la littérature guinéenne, qui est notre Williams Sassine national, mais aussi tous ces écrivains qui compétissent sur le plan national et international, puisque le prix est aussi à l’international”, a souligné Bernard Pévé Béavogui.
Le représentant du département de la Culture a également rendu hommage à la persévérance du CIRD, qui arrive cette année à la cinquième édition du concours.
“Nous félicitons le CIRD par rapport à cette initiative et nous le félicitons par rapport à sa persévérance. Nous sommes aujourd’hui au lancement de la 5ᵉ édition du Prix Williams Sassine. Cette persévérance dans l’excellence est à féliciter, à saluer et à remercier”, a-t-il assuré.
Il annonce que “nous ne ménagerons aucun effort puisqu’il nous revient de droit d’accompagner tous ceux qui travaillent sur la littérature et le rayonnement de la culture. Nous allons accompagner, au nom de Monsieur le ministre de la culture, du tourisme et de l’artisanat, cette 5ᵉ édition du Prix Williams Sassine qui a démarré aujourd’hui”.
Il a salué porté le travail accompli par le CIRD au fil des éditions. “A voir les éditions précédentes, à voir la qualité des membres du jury, à voir les textes qui sont sortis de ces éditions, nous pouvons dire que le CIRD fait un travail remarquable, un travail excellent dans le domaine de la littérature, parce que cette sélection obéit à des rigueurs qui sont quand même rares dans le domaine de la littérature”, a-t-il estimé.
Il a insisté sur le caractère collectif de cette réussite, estimant que le Prix Williams Sassine est aujourd’hui le résultat d’un engagement qui dépasse le seul cadre du CIRD.
“C’est pourquoi, nous félicitons et nous remercions ce travail qui est abattu, non pas seulement par une personne, mais par une équipe. Mais au-delà de cela, par la République de Guinée et le monde entier, parce que chacun met son sel pour que ce Prix Williams Sassine soit, en tout cas, ce qu’il est devenu : un prix prestigieux, un prix remarquable, un prix honorifique, mais un prix aussi d’excellence”, a-t-il ajouté.
Pour Fadama Itala Kourouma, président de l’Association des écrivains de Guinée, le lancement de cette nouvelle édition constitue une occasion de renforcer la promotion de la lecture et de préparer la relève littéraire.
Il a salué “cette initiative salvatrice du CIRD” qui, selon lui, contribue à mettre en valeur les écrivains guinéens et à encourager la jeunesse à s’intéresser davantage à la littérature.
“C’est une occasion pour nous de motiver encore la jeunesse pour qu’elle s’allie et qu’elle s’habitue à la lecture. C’est ça la problématique générale. Et donc quand les jeunes vont aller à la lecture, c’est sûr qu’ils vont être incités et ils vont alors aller à l’écriture. Et la littérature guinéenne se portera mieux”, a-t-il affirmé.
Pour le président de l’Association des écrivains de Guinée, la littérature reste liée à la culture nationale et la relève dépend largement de la capacité des jeunes à accéder aux livres et à développer le goût de la lecture.
“Nous demandons aux jeunes, aux parents d’ailleurs, d’inciter leurs enfants à aller vers la lecture. Nous avons des institutions, dont le CIRD,qui offrent des opportunités de lecture aux jeunes”, a-t-il ajouté.
Il cite également l’exemple de jeunes filles présentes lors de la cérémonie, déjà auteures alors qu’elles sont encore collégiennes ou lycéennes.
“Nous avons la chance aujourd’hui que des jeunes sont crédités vraiment des auteurs, des écrivains. Et dans la salle, vous avez dû constater la présence de deux de nos filles, qui sont des collégiennes, des lycéennes, qui ont écrit des livres et qui sont aujourd’hui des écrivaines attitrées”, a-t-il souligné.
L’Association des écrivains de Guinée se dit disponible pour accompagner le CIRD dans la promotion de la lecture et la réussite de cette 5ᵉ édition.
Lauréat d’une précédente édition du Prix Williams Sassine, Ibrahim Balaya Diallo connait la portée d’une telle distinction dans le parcours d’un écrivain.
Avec une carrière littéraire entamée en 2001 et plusieurs participations à des concours internationaux, l’auteur considère cette récompense comme une nouvelle source de motivation.
“Pour moi, c’est toujours revigorant pour un écrivain d’avoir un prix, parce que ça démontre aussi qu’il y a un travail qui est fait et que peut-être qu’on est sur le bon chemin”, a-t-il indiqué.
Il révèle les conditions dans lesquelles il avait écrit son texte, en seulement six heures, alors qu’il était engagé dans une commande d’écriture. “Il fallait sortir de ma zone de confort et là, je me suis mis en face d’un texte. Pour moi, c’est toujours revigorant pour un écrivain d’avoir un prix”, a-t-il confié.
Il a mis l’occasion à profit pour prodiguer des conseils aux candidats de la 5ᵉ édition du concours littéraire. “Je leur conseille de participer déjà, de participer déjà, et tout en sachant que pour être un bon écrivain, il faut beaucoup lire, parce que c’est ça aussi l’idéal. Je souhaite bonne chance aux auteurs guinéens qui vont participer à cette 5ᵉ édition”, a-t-il lancé.
Avec cette 5ᵉ édition, le Prix Littéraire Williams Sassine poursuit son ambition d’honorer la mémoire des grandes figures de la littérature guinéenne tout en offrant une tribune aux nouvelles générations d’écrivains. En choisissant de rendre hommage à Hadja Djénabou Koumanthio Diallo et en consacrant l’édition au thème : « Femmes, mémoires et résistances », le CIRD entend donner une place particulière aux voix féminines dans la transmission de la mémoire et dans la création littéraire. Les jeunes auteurs âgés de 18 à 35 ans ont désormais jusqu’au 20 septembre 2026 pour soumettre leurs textes.
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
00224 662 78 58 57/salimbalde91@gmail.com

