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Procès du 28 septembre, le journaliste Mouctar Bah de RFI à la barre : “Quand Tiegboro a dit ‘Chargez’, le désordre a commencé”

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Correspondant de Radio France internationale (RFI) depuis 1996 en Guinée, Mouctar Bah était au stade du 28 septembre où plus de 150 guinéens ont été tués. L’occasion est donnée au journaliste né en 1957 de raconter ce qu’il a vécu en cette journée de lundi noir en 2009. VisionGuinee vous propose un extrait son témoignage à la barre du tribunal de Dixinn

« Monsieur le président vous allez me permettre de commencer ma narration des faits par notre voyage sur Labé. Le samedi 26 septembre, nous étions avec le capitaine Dadis. Nous sommes arrivés à Labé le vendredi soir et samedi, il y a le meeting. Au cours du meeting, j’étais avec un de mes confrères Amadou Diallo de BBC Afrique. On a avait nos micros quand le président Dadis parlait à la tribune du stade de Labé. 

Quand il a vu nos micros, il a dit : ‘Voilà, RFI et BBC sont là. Tout le monde saura ce qui s’est passé au Fouta théocratique. Tous ceux qui étaient autour de lui nous ont vus, civils et militaires. Nous sommes revenus à Conakry dimanche. Samedi, nous avons travaillé à Labé jusqu’au soir dans un cyber-café. 

Le lundi matin, je suis allé au stade du 28 septembre. J’étais devant la pharmacie Manizé quand colonel Tiegboro est arrivé. Il a été vraiment applaudi par des jeunes manifestants qui se trouvaient là. En ce moment, il n’y avait pas de manifestations. Puis une foule est arrivée du côté de la Belle-vue. C’était vraiment une grande foule. Une autre est venue de Madina Pharma Guinée. C’est comme s’ils s’étaient donné rendez-vous là-bas au même moment. 

Quand ils sont arrivés, le stade était fermé. Il y avait des gendarmes et des hommes du gouverneur Mohamed Diop au niveau du portail. Quand ils sont arrivés, Tiegboro et tous les autres gendarmes, tout le monde a fui pour aller vers l’université Gamal Abdel Nasser. C’est ainsi que les portes du stade du 28 septembre ont été ouvertes, je ne sais comment. Les gens y sont rentrés, puis gendarmes et policiers sont revenus, des policiers de la CMIS Cameroun. Quand ils sont revenus, il y avait Bafoué et Tiegboro qui étaient là. Il y a eu des disputes, le ton est monté (…). Tiegboro a dit : ‘Chargez !’ J’ai entendu quelqu’un dire ici qu’il a dit ‘saccagez’, non. Il a dit ‘chargez’. Quand Tiegboro a dit ‘chargez’, le désordre a commencé. Matraques, lacrymogènes, coups de pieds. Ça a vraiment dégénéré. C’est en ce moment qu’on m’a arrêté. Les policiers de la CMIS Cameroun m’ont arrêté. Ils ont arraché mes appareils, micros, un de mes téléphones parce que j’avais un autre téléphone dans mes chaussettes, ils ont tout cassé. Ils m’ont embarqué dans un pick-up de la CMIS qui était stationné à l’arrêt de bus sens Dixinn-Université.

A un moment, Baffoe est venu en courant. Quand il m’a vu dans le véhicule, il a crié sur le policier. Il les a insultés en disant : faites-le descendre. Ils m’ont fait descendre et je suis venu vers le carrefour, là j’ai entendu quelqu’un dire qu’il y a eu un mort. C’était la première victime. Le corps était couché à l’abri de la police routière, au niveau du carrefour.

Quand j’ai vu ça,  je me suis retourné un peu dans le quartier pour envoyer les premiers éléments. J’ai pris un petit temps avant de revenir. Je rentre à peine au stade, je mets mes pieds sur la pelouse, j’entends des crépitements d’armes. J’ai vu une foule et je peux vous dire qu’il y avait 50 mille personnes au stade, je n’ai pas compté mais je me dis qu’il pouvait y avoir 50 mille personnes. Mais quand les armes ont commencé à crépiter, je ne savais même pas d’où venaient ces tirs, chacun se cherchait. Je suis sorti vers la porte par laquelle rentrent les footballeurs. Je voulais monter sur le mur mais je ne pouvais pas. J’ai vu des enfants le faire.

Après, je suis allé derrière la tribune où j’ai vu mon ami Amadou Diallo. Lui et moi, on a cherché un abri. De là où on était cachés, on voyait des manifestants escalader le mur de l’université. On entendait des tirs et on voyait des jeunes retourner dans la cour du stade derrière le stade annexe. On ne voyait pas de tireurs, mais on voyait des jeunes tomber pendant un moment.

Après une période d’accalmie, nous sommes sortis et des caporaux militaires bérets rouges nous ont arrêtés et insultés. Ils nous ont dit : ‘On va vous tuer, vous exécuter. Mettez-vous à genoux’. Mon ami Amadou s’est mis à genoux, moi j’ai dit non parce que je ne suis pas manifestant, mais journaliste. Un d’entre eux m’a cogné dans le dos, je suis tombé et me suis mis à genoux. Il y a qui sort son arme et met sur ma poitrine et me dit on va te tuer. J’ai répondu : ‘si ça peut sauver la Guinée, faut pas hésiter’. Je l’ai dit trois fois. C’est dans ces discussions que deux plus gradés sont arrivés en courant. Ils ont dit : ‘laissez-les, ne les tuez pas’.

Un des officiers a appelé un policier pour lui dire de nous faire sortir. Le policier a pris une branche et s’est mis devant nous en disant journaliste-journaliste, on était trois parce qu’il y avait un jeune de la radio Liberté FM. 

Il y avait des corps partout. Arrivés au niveau du palais des sports, il y a une dame qui est sortie de là-bas en vitesse en disant : ‘M. Bah sauvez-moi, il sont en train de violer des femmes, sauvez-moi’. Ça criait dans le palais des sports, comme un match de basket. En passant, on a vu beaucoup de corps ainsi que des gens blessés qui étaient couchés. J’avais dit à la femme: ‘viens, tu diras que tu es mon assistante’. Arrivés au portail, le policier nous a dit : ‘Moi, ma mission est terminée ici’. Il y avait des gendarmes qui frappaient des gens sur l’esplanade du stade. C’est à la terrasse là-bas qu’on nous a arrêtés encore. Il y a un qui a mis sa main dans ma poche pour m’arracher 150 dollars et 300 mille francs guinéens. Ils ont fouillé le sac de Amadou qui a résisté et on l’a tapé à la main. Au carrefour, on a vu des gendarmes en T-shirts de couleur verte qui nous disant : ‘on va tuer, vous n’allez pas raconter ça’”.

Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info  

00224 628 52 64 04/abdoulbela224@gmail.com

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