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Programme Simandou 2040 : et si les territoires devenaient enfin capables d’agir ?

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Soutra

La Guinée s’apprête à franchir une étape majeure de son développement avec Simandou 2040.  Les investissements seront considérables. Des infrastructures seront construites, des villes vont se transformer, de nouvelles activités économiques vont apparaître et les besoins des populations vont augmenter. Mais derrière cette ambition, une question mérite d’être posée : Les territoires auront-ils les moyens de suivre le rythme de cette transformation ?

Car investir est une chose. Transformer l’investissement en résultats durables pour les populations en est une autre. Et cette question renvoie à un problème plus profond de notre organisation publique : la concentration excessive des décisions, des compétences et de l’expertise au niveau central.

Investir, c’est aussi savoir faire

Une commune peut savoir qu’elle a besoin d’une route, d’un marché, d’un système d’assainissement ou d’un équipement social. Elle peut même disposer des ressources nécessaires.

Mais qui prépare l’étude ? Qui vérifie les coûts ? Qui prépare le dossier technique ? Qui accompagne le marché public ? Qui suit le chantier ? Qui contrôle les délais et la qualité ?

Dans beaucoup de collectivités, ces compétences ne sont pas disponibles. Ce n’est pas nécessairement un problème de volonté. C’est un problème de capacité. Lorsqu’une collectivité ne dispose pas d’un ingénieur, d’un spécialiste des marchés publics ou d’un gestionnaire de projet, elle se tourne naturellement vers l’administration centrale.

Les dossiers remontent. Les demandes s’accumulent. Les arbitrages se concentrent. Et, progressivement, le pouvoir central devient sollicité pour des décisions qui pourraient être prises plus près des citoyens. C’est ainsi que se nourrit l’hyper-centralisation.

Un outil existe déjà

La Guinée dispose pourtant d’une partie des outils nécessaires pour changer cette situation. Le Code révisé des collectivités locales de 2017 prévoit la possibilité de créer des établissements publics locaux et de mutualiser certaines fonctions entre collectivités.

Il faut désormais donner à cet outil une ambition nouvelle : en faire un véritable bras d’ingénierie des territoires.

L’idée est simple

La collectivité conserve la décision politique. Elle définit ses priorités, choisit ses investissements et mobilise ses ressources. L’établissement public territorial apporte l’expertise nécessaire pour transformer ces décisions en projets. Il peut réunir ou mobiliser des ingénieurs, techniciens, économistes, juristes, spécialistes des marchés publics, experts environnementaux et gestionnaires de projets.

Il prépare, accompagne et suit les opérations pour le compte des collectivités, dans le cadre d’un mandat clairement défini. Les élus décident. Les compétences permettent de faire.

Cette organisation permettrait de professionnaliser l’investissement local sans obliger chaque commune à disposer de toutes les expertises en permanence.

Sortir du tout-Conakry

L’enjeu est aussi territorial. Aujourd’hui, une grande partie de l’expertise et de la capacité de décision reste concentrée à Conakry. Cette concentration peut se comprendre historiquement. Elle devient toutefois une limite lorsque les territoires entrent dans une phase d’investissement et de transformation rapide.

On ne peut pas vouloir développer les régions tout en laissant l’essentiel de l’ingénierie du développement au centre. Le développement local ne peut pas être piloté uniquement depuis la capitale.

Un établissement public territorial permettrait de rapprocher l’expertise des lieux où les problèmes se posent. Une collectivité confrontée à un besoin n’aurait plus systématiquement à attendre qu’une solution vienne de l’administration centrale. Elle pourrait s’appuyer sur une capacité technique située dans son environnement immédiat, capable de comprendre les réalités locales et de travailler avec plusieurs collectivités.

C’est une manière concrète de faire vivre la décentralisation.

Développer les territoires dans leur ensemble

L’intérêt du dispositif ne serait pas seulement de construire plus rapidement des infrastructures.

Il serait aussi de favoriser un développement local intégré. Une route ne doit pas être pensée séparément de l’urbanisation qu’elle provoque. Un marché doit être lié aux activités économiques qu’il doit soutenir. L’assainissement doit accompagner la croissance des villes. Les équipements sociaux doivent suivre l’évolution de la population. Les infrastructures doivent être pensées en fonction des besoins économiques, sociaux et environnementaux du territoire.

C’est précisément ce que permet une ingénierie territoriale organisée à l’échelle locale : faire dialoguer les différents projets au lieu de les traiter séparément.

Les collectivités pourraient ainsi mieux planifier leur développement, coordonner leurs investissements et construire une vision cohérente de leur territoire.

Simandou doit aussi créer des compétences

C’est probablement l’un des enjeux les plus importants de Simandou 2040. Le programme ne doit pas seulement produire des infrastructures. Il doit aussi produire des compétences.

Les jeunes ingénieurs, techniciens, économistes, juristes, urbanistes, financiers et spécialistes de l’environnement doivent pouvoir participer à cette transformation. Et cette expertise doit progressivement s’installer dans les territoires.

Un établissement public territorial peut devenir un véritable réservoir de compétences locales. Il peut permettre à de jeunes professionnels guinéens de travailler sur des projets complexes, d’acquérir de l’expérience et de construire une expertise durable. Ainsi, chaque investissement peut laisser derrière lui plus qu’un ouvrage : il peut laisser une compétence.

Moins de pression sur le pouvoir central

Il faut également regarder la question du point de vue du pouvoir central. L’hypercentralisation ne pèse pas seulement sur les collectivités. Elle pèse aussi sur l’État.

Lorsque les populations rencontrent un problème local, une route dégradée, un marché insuffisant, des déchets mal gérés, un problème d’assainissement ou un équipement public manquant, elles se tournent naturellement vers le sommet de l’État.

Le citoyen voit souvent le pouvoir central comme le dernier recours, parfois même comme le premier responsable de tout ce qui ne fonctionne pas.

Cela crée une pression considérable sur le Gouvernement et sur les autorités nationales.

Or, tous les problèmes ne peuvent pas être résolus depuis Conakry.

Une démocratie décentralisée doit permettre aux citoyens de trouver une partie des réponses au plus près de leur lieu de vie. Si une commune dispose de la responsabilité, des ressources et de l’expertise nécessaires, elle peut répondre directement à une partie des attentes de sa population.

Le pouvoir central peut alors se concentrer sur ce qui relève réellement de son niveau : les grandes politiques nationales, la sécurité, la régulation, les normes, les grands équilibres économiques et le contrôle de l’action publique.

Renforcer les territoires, ce n’est donc pas affaiblir l’État. C’est permettre à l’État de mieux remplir son rôle.

Faire grandir les entreprises guinéennes

Cette dynamique peut également profiter au secteur privé. Des projets mieux préparés créent des marchés plus lisibles et un environnement plus professionnel.

Bureaux d’études, PME du BTP, fournisseurs, artisans, transporteurs et prestataires de services peuvent bénéficier de nouvelles opportunités. Il ne s’agit pas de garantir des marchés aux entreprises locales. Il s’agit de leur permettre de se développer dans un cadre transparent et compétitif.

À terme, l’objectif est de faire émerger dans les territoires un véritable écosystème de compétences et d’entreprises.

Un territoire qui sait concevoir ses projets devient aussi un territoire capable de créer davantage de valeur.

L’épreuve du terrain

Il n’est pas nécessaire de construire immédiatement un dispositif lourd et uniforme. Quelques collectivités pourraient commencer à expérimenter. Voirie, assainissement, déchets, marchés, équipements sociaux, aménagement urbain : les domaines ne manquent pas. Les résultats pourraient être mesurés simplement : délais, coûts, qualité, emplois créés, compétences développées, participation des entreprises guinéennes et satisfaction des populations. Ce qui fonctionne pourrait ensuite être étendu. L’objectif n’est pas de créer une nouvelle couche administrative. Il est de créer une capacité là où elle manque.

Le vrai enjeu du programme Simandou 2040

La réussite du programme Simandou 2040 ne se mesurera pas uniquement au montant des investissements ou au nombre d’infrastructures construites. Mais aussi des compétences, des entreprises plus fortes, des collectivités plus autonomes et des territoires capables de poursuivre leur développement. C’est pourquoi la prochaine étape de la décentralisation guinéenne doit être celle de la capacité d’agir. Donner des responsabilités aux collectivités est nécessaire. Leur donner des ressources est indispensable. Leur donner les moyens techniques de transformer durablement ces ressources en résultats est décisif.

Simandou 2040 peut être l’occasion de franchir ce cap.

Il peut contribuer à sortir progressivement d’un modèle où trop de décisions, trop d’expertise et trop d’attentes convergent vers Conakry. Il peut favoriser un développement plus équilibré, plus proche des citoyens et mieux intégré dans les territoires. Et surtout, il peut permettre de construire une relation différente entre l’État, les collectivités et les populations :

Un État qui fixe le cap, des territoires qui ont les moyens d’agir et des citoyens qui voient les résultats là où ils vivent.

C’est peut-être cela, au fond, la véritable promesse du programme Simandou 2040 : ne pas seulement transformer l’économie guinéenne, mais donner aux territoires la capacité de transformer eux-mêmes leur avenir.

Alpha Oumar CONDE

Project Contract Manager, Certifier PCC-CM Paris

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