Au Bénin, trois jours après la tentative de putsch, l’heure est aux prises de décisions et à se poser les vraies questions. Pour comprendre cette situation qui a failli dérouter l’un des modèles démocratiques de la sous-région, VisionGuinee a interrogé Régis Hounkpè, enseignant et expert en communication stratégique et gouvernance politique.
VisionGuinee : Comment se porte le Bénin aujourd’hui, 72h après ce coup d’État manqué ?
Régis Hounkpè : 72 heures après ce coup, certains parlent de coup d’État militaire, d’autres de putsch. Toujours est-il que ce coup de force a été monté contre les institutions de la République et, très principalement, la toute première d’entre elles, à savoir la présidence de la République. Nous sommes sortis de l’effet de sidération et de choc fondamental. Aux premières heures de ce coup de force, ce putsch, le Bénin a été envahi de façon unanime et collective d’un effet de sidération, tant l’objectif, effectivement, qui était celui de renverser le pouvoir par le biais d’un coup d’État militaire, nous apparaissait totalement absurde dans le contexte béninois. Nous sommes un pays en plein processus de démocratisation, certes avec ses difficultés, certes avec parfois ses éléments de distorsion par rapport à la cohésion sociale.
Ce qui est vrai, c’est que le Bénin, clairement, ne mérite pas un coup d’État militaire. D’ailleurs, comme tous les pays d’Afrique où les coups d’État militaires ont semé la zizanie. Et donc, oui, 72 heures après ce coup d’État militaire, nous en revenons un peu plus et surtout, je pense que c’est le moment de se poser les vraies questions, des véritables questions par rapport à ce coup d’État militaire, d’en tirer la leçon évidemment, d’en voir à la fois l’impact et les conséquences, donc de ce coup de force qui, ce dimanche, a failli renverser le modèle démocratique que représente le Bénin à l’échelle des pays de l’Afrique de l’Ouest et du continent africain.
Le Bénin, considéré par certains comme un modèle démocratique. Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette tentative de putsch ?
Vous savez, je suis de ceux qui pensent clairement qu’on ne peut ni justifier ni expliquer un coup d’État militaire. On ne peut pas dire, comme dans certains pays d’Afrique, en Afrique de l’Ouest, que oui, c’est parce que la gouvernance est bancale, la gouvernance politique est extrêmement préjudiciable, la gouvernance économique est difficile, le modèle social est rompu. Non, il n’y a aucune raison, aucune justification pour mener un coup d’État militaire.
Un coup d’État militaire, généralement, c’est un recul fondamental par rapport aux institutions. Donc oui, les putschistes, ce fameux dimanche, ont énuméré un certain nombre de revendications sociales, de revendications économiques, de revendications politiques et institutionnelles. La réalité est toute simple, c’est que la plupart du temps, quand les putschistes prennent le pouvoir, c’est pour leurs propres intérêts. Il n’y a jamais derrière la satisfaction des aspirations des peuples, et tout particulièrement, les putschistes au Bénin, le dimanche dernier, ont voulu jouer leur propre carte. Et c’est très facile de mettre en étendard la défense des intérêts nationaux, alors qu’en réalité, le vrai projet des putschistes dans tous les pays d’Afrique, c’est d’assurer pour eux-mêmes la sauvegarde d’intérêts, à la fois particuliers, égoïstes et certainement antipatriotiques.
Quelles sont les conséquences de cet incident sur la vie politique béninoise ?
Cet épisode tragique, qui pour moi représente une véritable régression, pas pour les Béninois et le Bénin, mais davantage pour ceux qui l’ont conçu, ceux qui ont été à l’origine de ce coup de force, il y aura des conséquences, évidemment. Il y aura des conséquences d’ordre judiciaire, d’ordre politique, d’ordre pénal. Le vrai sujet est dans votre question que moi je relève : comment s’en sort le Bénin après ? Le post-Bénin coup d’État militaire, de quoi est-il le nom ? Et je pense que oui, le Bénin a été secoué, le Bénin a vu à travers ces coups d’État militaires, à la fois la fragilité, je dirais, de son modèle, mais tout autant avec la force, parce que les institutions ont continué de fonctionner, l’armée, l’armée que vous connaissez, l’armée béninoise a su faire face et a maté la mutinerie.
Certaines disent la mutinerie, certaines disent le putschisme. L’armée béninoise a été extrêmement exemplaire et le gouvernement a pris des mesures adéquates et appropriées. En cela, le président Patrice Talon, qui pour moi reste le garant de l’unité nationale, a eu la réaction la plus exemplaire du monde en impliquant le peuple, en lui demandant de faire confiance à ses institutions et toujours en continuant de compter sur le gouvernement et sur le modèle que le Bénin représente.
Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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