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Tribune d’un guinéen révolté

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[dropcap]U[/dropcap]n exercice s’impose aujourd’hui à tous ceux qui parcourent la presse guinéenne. Que ce soit les médias audiovisuels, les sites d’information en ligne ou la presse écrite, vous êtes amenés à vous demander pour qui roulent-ils.

Les lecteurs attentifs et prévenants savent que souvent derrière un article au vitriol se cache la main d’un entrepreneur qui souhaite en déstabiliser un autre, celle d’un fonctionnaire qui lorgne le poste d’un autre, ou d’un homme politique qui souhaite régler ses comptes avec un autre.  Faire passer ‘’sa’’ vérité est devenu facile: il suffit de payer ! Et la pratique est un secret de polichinelle.

La marchandisation de l’information est devenue un élément central dans le modèle économique de nombreux médias. On ne jettera pas le discrédit sur tous, mais il faut reconnaître que de nombreuses publications ont perdu de leur crédibilité aux yeux du public. Mais que vaut la crédibilité d’un média dans un contexte économique difficile ?

Le débat sur la responsabilité sociale des médias en Afrique fait ressortir toujours cet argument : il faut bien vivre. On excuse souvent les dérives éthiques et déontologiques par les mauvaises conditions économiques que connaissent les médias. Mais cela peut-il justifier qu’on vende aux enchères la crédibilité de son site, de sa télé ou de sa station de radio ?

La crédibilité, c’est le fonds de commerce du média. Choisir d’écouter, de regarder ou de lire un média est intimement lié à la confiance qu’on lui porte. On veut être sûr que ce qu’on lit, ce qu’on écoute ou ce qu’on regarde n’est pas un construit de mensonges destinés à manipuler l’opinion publique.

La crédibilité, c’est le gage, le Graal, de ceux qui travaillent avec l’information. La seule manière pour un média responsable de développer et garantir son audience, c’est de maintenir intacte la relation de confiance avec son public.

Il faut bien vivre c’est vrai. Mais les médias qui s’éloignent de l’éthique et de la déontologie, ceux dont les modèles économiques ne reposent essentiellement que sur la vente d’espaces commerciaux informatifs, n’ont pas longue vie.  Le public n’est pas dupe et finira toujours par se détourner de médias peu fréquentables.

Un média est avant tout redevable au public, aux populations qu’il est censé informer le plus objectivement possible. Il ne peut se sentir redevable de ses annonceurs qui, très souvent, ont des intentions inavouables. Sa bienveillance doit avant tout concerner les populations, l’opinion publique et non les hommes politiques et les groupes d’intérêts qui agissent dans bien des cas que dans leurs seuls intérêts. Un sou donné par une entreprise, une subvention offerte par un État ou une ONG doit toujours nous amener à nous remettre en question.

Un média a des responsabilités vis-à-vis de la société. Sa mission est de la protéger des abus dont elle peut faire l’objet de la part des gouvernants, mais aussi des agents économiques. Il la protège en dénonçant la corruption, les crimes, les exactions et les pillages. Cependant, la dénonciation ne doit pas être faite dans le but de nuire à quiconque, mais d’amener la société à corriger les tares. Quand l’information est de nature à nuire, alors le média est en droit de s’interroger sur la nature des intentions de ses sources. Car, faut-il le souligner, certaines sources ne sont pas du tout innocentes.

Beaucoup de jeunes journalistes cherchent encore des références au sein de l’environnement médiatique guinéen. Ils veulent s’identifier à des modèles crédibles parce qu’ils ont conscience que notre société ne peut se développer sans une presse libre, indépendante et objective. Ils ont besoin qu’on leur montre le chemin de la bonne pratique journalistique parce qu’ils souhaitent des lendemains meilleurs pour leur Nation.

Et c’est aux hommes de médias d’aujourd’hui de cultiver et d’entretenir les valeurs cardinales du journalisme afin que ceux de demain s’y appuient. C’est aux médias d’aujourd’hui de montrer l’exemple du journalisme au service des faibles et non à la solde des argentiers peu scrupuleux, pour que ceux qui seront créés demain comprennent la véritable mission qui les attend. Autant la plume d’un média peut être salvatrice, autant il peut devenir une arme fatale.

À chacun de choisir de quel côté il veut se positionner : celui du bien ? Ou du mal ?

Par Ousmane BAH

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