[dropcap]L[/dropcap]e président du Front patriotique guinéen (Fpg) quoiqu’absent du pays reste connecté à l’actualité politique nationale. Depuis l’autre côté, sur la lagune d’Ebrié, Idriss Chérif fait sa petite lecture de la situation politique de son pays. Dans cette entrevue, l’ancien ministre conseiller de Dadis évoque ses relations avec son ancien patron du Conseil national de démocratie et de développement (Cndd).
Egalement, l’allié électoral de Sidya Touré rappelle à l’ordre l’ex ministre d’Etat, ministre secrétaire général à la Présidence sous la transition, Tibou Kamara. Non sans se réjouir de la main tendue du vainqueur du scrutin du 11 octobre 2015, de l’esprit d’ouverture de Sidya, avant de prodiguer de dégager ce que devrait être la priorité d’Alpha Condé durant son second quinquennat. Lisez !
VisionGuinee.Info : Quel est votre aperçu sur l’actualité politique nationale marquée par notamment la prestation de serment du président Alpha Condé et son investiture qui sont le couronnement de la présidentielle du 11 octobre dernier à laquelle vous avez-vous-même pris part ?
Idriss Chérif : Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour cette opportunité de m’exprimer dans votre tribune. Je pense que la Guinée a beaucoup plus besoin de paix et de stabilité. Je pense également qu’il est toujours important que nous puissions voir d’abord la Guinée -un pays qui est véritablement en retard- afin qu’on puisse amorcer notre décollage politique, économique et social. Donc, il est tout à fait normal pour nous, non seulement d’aller à la paix, mais aussi de se donner la main, afin que nous puissions avoir une consolidation de notre union. C’est dans ce sens-là que j’ai vu cette histoire.
Pour ce qui est de l’investiture du professeur Alpha Condé, je pense qu’il est tout-à-fait normal, quand on a été élu comme président de la République, qu’on prête serment. Et qu’il y ait une première et une seconde phases. Déjà, il a été élu. Il doit désormais se mettre au travail. C’est le côté le plus important. Mettons fin maintenant à tout ce qui est cérémonie et avançons tranquillement. Et il faudrait qu’on puisse y arriver. Chacun doit chercher à emprunter ce bateau pour lequel le président réélu a fait une tendue à tout le monde, afin que nous puissions construire la Guinée. Et cette main tendue, il ne faudrait pas chercher à la boycotter. Il faut plutôt la saisir sur tous les secteurs. Et que chacun apporte sa part de contribution à l’édification de notre pays.
Parlant justement de cette main tendue d’Alpha Condé, il y a un rapprochement entre votre allié électoral Sidya Touré et le chef de l’Etat. Votre avis là-dessus ?
De toute manière, j’ai été l’une des premières personnes qui vous a dit qu’il faut saisir la main tendue du chef de l’Etat. Parce qu’on ne peut pas toujours rester dans une position qui ne nous emmène à rien. Je ne peux pas aujourd’hui venir me dédire. Et je l’ai dit une fois à Sidya lui-même que s’il y a une main tendue du président Alpha Condé, de la saisir.
Aujourd’hui, je ne peux qu’encourager cette attitude du président de la République. Non seulement, il n’y a pas que Sidya qui l’ait fait. Il y a eu un véritable rapprochement entre Alpha et certains opposants. Aujourd’hui, ce n’est pas que le cas de Sidya qu’il faudrait en parler. Mais j’encourage le président Sidya à toujours continuer à saisir cette main tendue véritable afin que nous puissions trouver de véritables solutions pour sortir la Guinée de ce marasme économique et social, pour que tous les Guinéens puissent être ensemble. Et cette main tendue d’Alpha Condé est la bienvenue pour tout le monde. J’encourage et j’encouragerai toujours cette main tendue d’Alpha, afin que nous puissions nous mettre ensemble pour construire une nation, parce que nous sommes déjà un Etat.
Au lendemain du rapprochement entre Alpha Condé et Sidya Touré, l’ancien ministre d’Etat Tibou Kamara a, depuis l’étranger, fait une sortie médiatique musclée pour dénoncer l’attitude du président de l’Union des forces républicaines. Quelle lecture faites-vous de cette démarche ?
J’ai un respect religieux pour mon frère et ami Tibou Kamara. Il est vraiment très dynamique. Mais je pense que nous ne sommes pas à un moment où il faut lancer des flèches aux uns et aux autres. Nous sommes dans une autre dynamique où tous les Guinéens doivent se donner la main afin que nous puissions avoir une consolidation, et être consolidés pour un véritable décollage pour notre pays. Sidya Touré a quitté l’opposition pour se mettre à la disposition de la mouvance présidentielle, même si aucun accord n’a encore été signé. Mais aujourd’hui, il participe à la vie du développement du pays avec le président Alpha Condé. C’est ce qu’il a eu à annoncer. Et je m’inscris aussi dans cette dynamique.
Je pense que mon frère et ami Tibou doit être dans cette même dynamique. Donc, il n’y a pas un problème de personne. Il ne faudrait pas mettre les problèmes de personne sur la place publique. Il faudrait que mon frère Tibou arrive à respecter véritablement la personne de M. Sidya Touré. Parce que non seulement c’est son ainé, sur le plan politique également, il est plus ancien que lui. Il doit le respecter et savoir qu’on n’est pas dans les problèmes entre Sidya et Tibou. Il faut donc qu’il y ait un apaisement de part et d’autre.
Et mon frère et ami Tibou doit comprendre qu’on est dans une autre phase. C’est la phase qui doit amorcer le développement de la Guinée. Et qu’il n’est pas important qu’il s’attaque à la personne de son ainé Sidya Touré. C’est une chose que je n’encourage pas. L’avenir est devant nous. Nous sommes la jeunesse intermédiaire. Le pays nous appartiendra. Et si nous offensons nos ainés, demain nos jeunes frères qui viennent après nous, nous offenseront de la même manière. C’est à lui de voir cette situation et de s’interpeller personnellement en disant « non, il faudrait que je fasse la paix avec mon grand frère et que rien ne peut aider ce pays si ce n’est pas la paix ». Et c’est dans cette paix qu’on peut tout retrouver. C’est dans l’harmonie qu’on peut tout retrouver. Je l’interpelle simplement. Je ne peux pas aller contre ses idées, mais je pense qu’il n’a pas le droit de s’attaquer à la personne du président Sidya Touré pour dire que tout le monde peut être Premier ministre sauf Sidya.
Monsieur Sidya Touré est un grand cadre qui n’a pas fait seulement ses preuves qu’en Guinée, mais qui a aussi fait prévaloir ses mérites ailleurs et qui s’y est fait brillamment remarquer. Son nom est gravé dans l’échiquier de la Côte d’Ivoire. Ils étaient au nombre de trois qui ont su redresser l’économie du pays, dont celui qui est aujourd’hui à la tête de la Côte d’Ivoire, le président Alassane Ouattara. Donc, Sidya est un grand Monsieur qui a beaucoup d’expertises. Tibou doit donc se mettre en tête que c’est un ainé à lui et qu’il doit le respecter. S’il y a un problème interne, qu’ils se retrouvent autour d’une table et qu’ils en discutent au lieu d’étaler cela sur la place publique. On peut ne pas aimer l’homme, mais non seulement Sidya a toutes les compétences d’aider la Guinée, il également l’expertise de sortir ce pays du marasme dans lequel il se trouve, s’il est en relation avec le président Alpha Condé.
Si latitude vous étiez offerte de conseiller Alpha Condé pour une meilleure réussite dans son penchant de conduire la Guinée à l’émergence, que lui auriez-vous conseillé ?
Je lui demanderai dans un premier temps de faire en sorte que les Guinéens se sentent d’abord guinéens avant de se sentir dans leurs ethnies, c’est-à-dire dans l’unité. Deuxièmement, je lui dirai d’établir la justice et que celle-ci soit totalement indépendante. Parce que dans un pays, si la justice est forte et impartiale, la confiance renait automatiquement, des investisseurs pourront venir. Troisièmement, j’inviterai le chef de l’Etat à établir la sécurité. Pour la simple raison qu’on ne peut rien entreprendre s’il n’y a pas la sécurité. Et quatrièmement, ce que je vais conseiller au président de la République, c’est de créer des emplois en mettant les Guinéens au travail, parce qu’ils ne travaillent pas. Et je pense que les autres infrastructures viennent lorsqu’on est au travail.
Voici donc les quatre grands chantiers que j’aimerais bien voir se développer dans un premier temps. Tout le monde ne peut pas être ministre ou encore directeur, mais chacun de nous peut apporter quelque chose. Je pense que c’est dans cette optique que le président Alpha Condé s’est inscrit à l’heure actuelle. Et c’est cette vision que nous soutenons tous. Mais il ne faudrait pas qu’on se mette dans une autre position qui puisse dégrader nos idées. Tantôt, ce sont des faux conseillers, ces gens qui peuvent induire le chef d’Etat en erreur alors qu’eux-mêmes, ils n’apportent rien. Donc, il faut trouver des personnes ressources pouvant apporter des solutions que d’amener des soucis et des problèmes. C’est pourquoi je dis que Sidya est une véritable solution pour la Guinée ; en symbiose avec le président de la République, je pense que c’est la Guinée qui gagne.
Vous êtes ancien ministre du CNDD sous le capitaine Dadis. Quels sont vos rapports avec cet officier qui se trouve être retranché depuis six ans à Ouaga ?
Le président Dadis et moi sommes et resterons toujours des amis. Nous sommes et resterons toujours des frères. C’est un Monsieur que je respecte et que je respecterai toujours. N’eût été l’erreur politique sur le choix qu’il a eu à faire en étant à l’étranger, je ne peux rien lui reprocher. Mais nous conversons tous les jours. Nous échangeons presque tout le temps. Il est aussi dans la même dynamique que moi, d’aller à la paix avec tout le monde, d’accepter cette main tendue du professeur Alpha Condé, pour qu’il y ait l’union entre Guinéens et Guinéens. Voilà pourquoi il ne fait plus de déclaration. Donc, il est en observation. Il attend à ce que toutes les situations rentrent en ordre, que la Guinée décolle et qu’il puisse apporter sa part de contribution à l’édification et à l’harmonisation de notre pays.
Dans la vie, tout le monde peut faire des erreurs, mais quand tu comprends ces erreurs et reviens, cela doit être compris. C’est vrai que c’est un choix politique qui est arrivé tout d’un coup. Et cela n’est pas une fatalité. D’autres étaient ailleurs, mais ils sont aujourd’hui avec le président Alpha Condé. Je prends l’exemple sur mes frères et amis Bah Oury et Tibou Kamara qui étaient véritablement opposés à Alpha Condé hier. Le capitaine Dadis est inscrit dans la même logique que ceux-ci. Aujourd’hui, il n’est pas opposé au professeur Alpha. Il demanderait aussi à ce que justice soit faite sur les évènements du 28 septembre. Et s’il y a une réconciliation à l’issue de laquelle tous les Guinéens peuvent se donner la main, afin que nous puissions passer l’éponge sur cette situation, que cela se passe dans la justice et dans la réconciliation. Il ne demande pas de faveurs. Mais il demande à ce que justice soit faite, que tout le monde se donne la main et que s’il y a un pardon, que ce pardon règne.
Un mot pour conclure ?
Je suis heureux de voir un dénouement. J’ai vu que tous les fils de la Guinée se retrouve. J’ai vu des gens qui étaient opposés au régime d’Alpha, qui sont aujourd’hui à Conakry. J’ai vu aussi mon frère et ami, mon allié Sidya Touré à qui je tire vraiment le chapeau, qui a permis d’avoir la paix en Guinée en allant aux élections, mais aussi en se rapprochant du professeur Alpha Condé pour dire que la solution ne se trouve pas partout dans l’opposition et que souvent quand vous vous opposez, quand ça ne marche pas, il faut changer de stratégie. Donc, en politique, il y a ce qu’on appelle la stratégie, il y a ce qu’on appelle la tactique qui sont incompatible l’une vis-à-vis de l’autre. Dans ce sens-là, j’ai un chapeau à tirer à mon frère et ami Sidya Touré et je l’encourage dans cette vision qu’il a eu à prendre. Il a tout mon soutien ainsi que celui de mon parti le Front patriotique guinéen (Fpg). Je dirai à tous les Guinéens que nous sommes désormais dans une nouvelle phase avec ce nouveau quinquennat qu’Alpha Condé vient d’avoir va être bâtie sur le socle de la paix, le socle du travail pour construire notre pays comme les chinois l’ont fait.
Mady Bangoura, pour VisionGuinee.Info
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Sydia a voulu intimider Mr Camara, ce dernier ne s’est pas laissé faire, en politique on peut agir par respect mais la gerontocratie ça n’existe pas.