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Un trafiquant de viande de brousse arrêté à Kindia

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[dropcap]L[/dropcap]a lutte contre Ebola entre dans une nouvelle phase. Un vendeur de viande de brousse, nommé Saliou Balla Diallo, a été interpellé dans le district de Gbikili à Kindia lors d’une opération conjointe de la Brigade Préfectorale des conservateurs de la nature et l’équipe du GALF (Guinée-Application de la Loi Faunique).

Mamadou Saliou Balla Diallo (en shirt bleu)
Mamadou Saliou Balla Diallo (en shirt bleu)

La consommation de viande d’animaux sauvages est déclarée le vecteur principal de la fièvre Ebola. Ce vendeur de maladie a été appréhendé ce dimanche 2 novembre en possession d’une importante quantité de viande de chasse destinée à la vente. Elle comprenait de la viande d’espèce protégée par la loi.

Il a été interpellé en flagrant délit de commercialisation de viande d’espèce intégralement protégée par la loi. Très connu dans la contrée, il agit aux yeux de tous et en connivence avec les chasseurs en dépit de la loi et en dépit d’Ebola. Il est en garde à vue et son procès débutera sans doute mercredi à Kindia. Lors de son interpellation, il a tenté de corrompre les agents.

Au mépris total de la santé publique, ce trafiquant profite bien de cette épidémie qui a fait plus de 800 morts dans son propre pays. En violation du code faunique Guinéen, malgré les interdictions administratives et les sensibilisations, la viande de brousse est devenue un marché très juteux qui se fait en catimini.  En effet, l’interdiction du Gouvernement de ne pas vendre et consommer la viande de brousse n’est pas respectée. Les trafiquants se cachent, très méfiants, ils prennent toutes les précautions pour éviter d’être arrêtés.

Une action tardive ?

L’épidémie sévit en Guinée depuis 10 mois. Ensuite, elle s’est propagée dans plusieurs pays voisins. Elle est désormais une menace de portée mondiale. Et notre pays serait même en guerre contre Ebola. Mais en réalité, les actions efficaces étaient jusque-là focalisées plus sur la riposte que la prévention.

Cette arrestation est la première dans la lutte contre l’épidémie dans le pays. Depuis qu’Ebola s’est déclarée en Guinée, aucune action dissuasive n’avait été prise contre la commercialisation et la consommation de la viande de chasse. D’ailleurs son interdiction à travers les déclarations et les messages de sensibilisation ont déclenché une vive réaction hostiles des femmes vendeuses au marché de Yimbaya. Par négation des avis scientifiques prouvés, la mesure a ensuite été aveuglement instrumentalisée par les politiciens pour stigmatiser certaines communautés.

Viande de brousse, un réservoir naturel du virus Ebola

Les chercheurs ont établi le liens entre les animaux sauvages et ce virus mortel. En gros, Les chauves-souris sont un des vecteurs potentiels de transmission.  Il est très probable que les primates – gorilles, chimpanzés notamment – soient infectés soit par les excréments ou par les fruits à moitié mangés par les chauves-souris. Les chimpanzés et les gorilles sont ainsi infectés dès lorsqu’ils consomment le reste de ces fruits. La transmission du virus à l’homme s’effectue ensuite par le contact lors du dépeçage des animaux et la consommation de leur viande.

Dans le cas actuel qui sévit en Guinée, au Libéria, au Sierra Leone, le premier patient à avoir été infecté est un enfant âgé de deux ans. Les chercheurs ont conclu qu’il est très improbable que cet enfant de deux ans ait été lui-même en forêt chercher de la viande de brousse. Mais qu’il est donc plus probable qu’il ait été contaminé par des excréments de chauves-souris, des excréments de rongeurs, par des fruits, ou via un autre vecteur.

Des mesures drastiques prises par les pays voisins

Avec la déliquescence de nos infrastructures de santé, la meilleure arme de défense contre Ebola est la prévention. C’est pourquoi, en Sierra Léone comme au Libéria, la vente et la consommation de la viande de brousse sont strictement interdites depuis l’apparition de la maladie. L’ordre a été donnée à la police d’arrêter toute personne qui détiendrait la viande de gibier.

La Côte d’Ivoire, quant à elle, est passée à la vitesse supérieure dans la prévention. Les mesures d’interdiction de la consommation et la commercialisation de la viande de brousse a été immédiatement suivi d’effet. Dès après la publication de la décision par le gouvernement, le premier contrevenant a été arrêté dans son champ où il avait attrapé des rats. Il a ensuite été jugé et condamné à 5 ans de prison ferme.

Une telle répression exemplaire peut-elle donner le courage à d’autres de défier un État responsable ? Depuis 17 ans le code Guinéen de la faune interdit la commercialisation de la viande de brousse en Guinée.

Ebola, c’est aussi l’inapplication de nos textes de loi. Depuis 1997, notre Assemblée Nationale a adopté le code de la protection de la faune sauvage et réglementation de la chasse. Cette loi interdit clairement la commercialisation de la viande de chasse sous toutes ses formes. Il semble que ce texte légal est méconnu de ceux qui sont censés garantir l’exécution.

Il a fallu attendre que cette épidémie se déclare pour que l’on se rende compte de la pertinence et de l’importance de cette loi pour la préservation de la santé publique. C’est ainsi que le 31 mars dernier, le Ministère de l’administration du territoire, sur instruction du Ministère de la Santé, a fait un communiqué radiotélévisé pour interdire systématiquement la vente et la consommation de la viande de brousse. Le communiqué qui ne peut déterminer une sanction liée à l’infraction n’a fait aucun renvoi à la loi faunique. Pourtant, les articles 124 et 164 interdisent et répriment ladite infraction.

Par application de l’article 164 du code faunique, Saliou Balla Diallo risque un emprisonnement de 3 à 6 mois. Toutefois, en vertu de l’article 161, il pourrait être condamné à 1 an d’emprisonnement ferme pour complicité d’abattage d’une espèce partiellement protégée.

Fodé S. Kouyaté, dans Guinee50.blogs.france24.com

2 commentaires
  1. republique guinée dit

    Ce ne sont pas toutes sortes de viande qu’il faut interdire.

  2. Petit Condé dit

    Comme ça vous voulez que les autres nations nous respectent. Sacré guinée. On est loin derriere le Senegal.

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