Violences basées sur le genre et protection sociale : l’ONPS-VGB se dote d’un système statistique intégré
Ce mercredi 4 février 2026, à Conakry, l’Observatoire national de la protection sociale et des violences basées sur le genre (ONPS) a validé son système statistique intégré. Alliant rigueur scientifique et impératif de justice, cet outil numérique, soutenu par le Projet d’harmonisation et d’amélioration du système statistique en Afrique de l’Ouest et du Centre (PHASAOC), financé par la Banque mondiale, promet de transformer des réalités souvent invisibles en données d’action pour l’État et ses partenaires.
La Guinée franchit une étape importante dans la structuration de sa réponse aux vulnérabilités sociales.
L’enjeu de cet atelier de validation du système statistique national sur la protection sociale et les violences basées sur le genre, qui a mobilisé les forces vives de la justice, de la sécurité, de la santé et des partenaires internationaux comme l’OMS et la Banque mondiale, est avant tout celui de la souveraineté par les données.
Pour Mamadou Camara, directeur général adjoint de l’Institut National de la Statistique (INS) et gestionnaire du projet PHASAOC, l’ambition est de mettre fin à l’opacité et à la dispersion des chiffres.
‘’La lutte pour l’amélioration de la protection sociale des personnes vulnérables est une préoccupation majeure en Guinée’’, a-t-il rappelé.
Selon lui, la pertinence d’une politique publique repose sur sa capacité à s’appuyer sur des sources incontestables. Jusqu’ici, les autorités se heurtaient à une multiplicité de sources souvent contradictoires, rendant l’arbitrage politique complexe.
L’arrivée de l’Observatoire national vient corriger ce biais en centralisant la collecte, le traitement et la mise à disposition des informations. L’INS, en sa qualité de coordonnateur national du système statistique, assure une double mission : valider officiellement ces indicateurs et gérer le financement de la Banque mondiale via le projet PHASAOC, qui couvre douze pays de la région.
Pour les victimes, ce changement de paradigme est porteur d’espoir. La précision statistique permet de passer de l’anecdote à la preuve scientifique de l’ampleur d’un phénomène.
‘’Pour les victimes, il faut qu’elles soient connues, que le nombre soit connu. On sait qu’un n’est pas statistique, mais à partir de deux ou trois, c’est statistique’’, souligne Mamadou Camara, précisant que cette nouvelle capacité à capter les violences ‘’dans le temps, l’espace et les régions’’ est l’outil indispensable pour déclencher des mesures de protection concrètes.
C’est dans cette optique que l’Observatoire national, sous la direction de Binta Nabé au sein du ministère de la femme, de la famille et des solidarités, a travaillé pendant plus d’un an. Cette structure, née en décembre 2022, entend répondre aux interpellations internationales dont la Guinée fait l’objet concernant la fiabilité de ses données sociales.
La mise en place de ce système repose sur une vision holistique. Pour Binta Nabé, la production de statistiques de qualité exige une chaîne rigoureuse avec un personnel qualifié, des outils de collecte standardisés et une plateforme numérique robuste. Mais l’innovation majeure réside dans la pérennisation du dispositif.
Contrairement aux projets éphémères qui s’éteignent avec leurs financements, ce système a vocation à être intégré dans le ‘’paquet minimum d’activités’’ quotidien des prestataires de santé, de la justice, de la police et des organisations de la société civile.
‘’On ne veut pas envoyer d’autres personnes, mais on veut que ce soit intégré dans les activités quotidiennes de toutes les structures de prise en charge. Comme ça, ça devient pérenne’’, explique la directrice générale.
Cette intégration permettra d’identifier précisément les zones de forte prévalence, évitant ainsi que les aides ne se concentrent uniquement à Conakry. L’implication de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur aux côtés de l’INS témoigne de la volonté de faire de la ‘’recherche-action’’.
Les données collectées ne serviront pas seulement à établir des bilans, mais à orienter les politiques. Un portail web sera d’ailleurs ouvert au public dès la fin du premier trimestre 2026, avec la publication de bulletins trimestriels pour informer la population et les décideurs.
Binta Nabé compte particulièrement sur le rôle des médias, tant nationaux que communautaires, pour diffuser ces chiffres.
‘’Les statistiques interpellent et attirent l’attention. C’est à travers les médias que les gens peuvent être informés dans leur communauté. Chaque fois qu’on va éditer quelque chose, on va le mettre à la disposition de la presse pour qu’elle informe suffisamment les communautés à la base afin qu’elles puissent dénoncer tout cas de violence’’, a-t-elle ajouté.
Cette synergie d’action est matérialisée par un guide de référencement. Car si le médecin s’occupe de la prise en charge médicale, la police et la justice doivent prendre le relais pour garantir que les victimes soient rétablies dans leurs droits et que les auteurs soient punis à la hauteur de leurs actes.
De la lutte contre le harcèlement sexuel dans les services publics à la protection des personnes âgées ou vivant avec un handicap, ce nouveau système statistique se veut le socle d’une justice sociale renforcée.
En alignant les partenaires sur une planification basée sur des preuves, l’ONPS donne à la Guinée les moyens de prévenir, de protéger et, à terme, d’éradiquer les violences basées sur le genre.
Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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