Pampers recyclés en Guinée : l’alerte sanitaire qui doit nous interpeller (Par Dr Karamo Kaba)

J’ai reçu, ces derniers temps, plusieurs alertes de jeunes Guinéens qui m’ont interpellé sur la commercialisation de certaines couches pour bébés communément appelées « Pampers Bruxelles » ou couches « recyclées » sur nos marchés.

Face à ces signalements, j’ai décidé de ne pas me contenter des commentaires. Je suis descendu sur le terrain pour mener mes propres investigations, notamment dans les marchés Anta, Sangoya, Enco 5 et dans plusieurs autres points de vente.

J’ai échangé avec plusieurs vendeuses ainsi qu’avec des mamans qui achètent ces couches pour leurs bébés. Certaines m’ont rapporté avoir constaté, après leur utilisation, des démangeaisons, des rougeurs, des irritations entre les fesses et autour des parties génitales de leurs enfants.

Une mère m’a notamment expliqué qu’à chaque fois qu’elle utilisait certaines de ces couches, elle constatait l’apparition de rougeurs entre les fesses de son bébé, accompagnées de fortes démangeaisons. Une autre m’a indiqué que, dans certains cas, l’urine traversait rapidement la couche.

Ces témoignages ne permettent évidemment pas, à eux seuls, d’affirmer que ces couches sont responsables de ces problèmes. Mais lorsque plusieurs consommateurs rapportent des problèmes similaires, cela constitue un signal d’alerte qui mérite d’être sérieusement vérifié.

J’ai également interrogé certaines vendeuses sur l’origine de ces produits et sur leur éventuel contrôle avant leur mise sur le marché. L’une d’elles m’a répondu, en substance : « Moi, je dédouane mon conteneur de 40 pieds et directement on l’embarque dans mon magasin pour la vente. Je ne suis pas informée d’un éventuel test ici en Guinée. Mais ce sont des Pampers utilisés par les Blancs, donc il n’y a aucun problème. »

Cette réponse doit nous interpeller. Le fait qu’un produit soit utilisé en Europe ne constitue pas, à lui seul, une garantie de sécurité pour un produit vendu en Guinée. Tout produit recyclé destiné à être utilisé sur un nourrisson doit pouvoir être identifié, tracé et soumis aux contrôles nécessaires.

La question que je pose aujourd’hui est donc simple : savons-nous réellement ce que nous mettons sur la peau de nos bébés ?

Une couche pour bébé n’est pas un simple morceau de tissu. Elle reste pendant plusieurs heures, surtout avec la conjoncture actuelle des mamans, en contact direct avec une peau particulièrement sensible, dans une zone chaude, humide et souvent occlusive.

Des études scientifiques ont montré que certaines couches jetables peuvent contenir, à des concentrations variables selon les produits, différentes substances chimiques telles que des phtalates, des composés organiques volatils, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des bisphénols ou encore certains métaux et autres contaminants.

Cela ne signifie évidemment pas que toutes les couches sont dangereuses, ni que toutes contiennent des concentrations présentant un risque pour la santé. C’est justement pour cette raison que les produits doivent être contrôlés et analysés plutôt que jugés uniquement sur leur apparence ou leur appellation, surtout lorsqu’il s’agit de produits recyclés.

Il faut absolument faire la différence entre un recyclage industriel contrôlé, réalisé selon des procédés précis, et la remise en circulation de couches déjà utilisées ou de produits dont l’origine, les conditions de traitement, de stockage et de reconditionnement ne sont pas clairement établies.

Je ne suis pas ici pour accuser les commerçants ou les importateurs sans preuve. Je ne veux pas non plus transformer une inquiétude sanitaire en rumeur. Je demande simplement que nous passions de l’alerte aux preuves.

Il faut prélever des échantillons sur différents marchés, identifier leur origine, vérifier leur traçabilité et procéder à des analyses microbiologiques, chimiques et toxicologiques appropriées.

Il pourrait notamment être pertinent, selon l’origine et la nature des produits, de rechercher certains phtalates, HAP, composés organiques volatils, métaux lourds, pesticides et autres contaminants potentiellement préoccupants.

Si les analyses démontrent que ces produits sont conformes et ne présentent pas de risque significatif, nous aurons rassuré les parents. Si, au contraire, elles révèlent des contaminations ou des non-conformités, nous aurons contribué à protéger des milliers d’enfants.

À ce jour, je suis en train de mobiliser les moyens techniques, financiers et logistiques nécessaires pour poursuivre cette investigation. Je souhaite documenter cette question avec sérieux, recueillir davantage de témoignages, identifier les circuits de commercialisation et, surtout, faire analyser des échantillons dans des conditions scientifiquement rigoureuses.

Je ne prétends pas avoir aujourd’hui toutes les réponses. Je pose une question qui mérite une réponse scientifique et institutionnelle : Que contiennent réellement les couches dites « Bruxelles », « recyclées » ou provenant de circuits de récupération qui sont vendues à nos enfants en Guinée ?

Nous devons le savoir. Parce qu’un bébé ne peut pas choisir la couche qu’on lui met. C’est à nous, parents, de veiller à ce qu’elle soit sûre. J’ai fait de la promotion de la santé publique et de la protection des populations un engagement intrinsèque.

Je continuerai donc à tirer la sonnette d’alarme chaque fois qu’un phénomène susceptible de toucher la santé de nos concitoyens mérite d’être examiné.

La santé de nos enfants ne doit jamais être sacrifiée au profit du commerce.

Protéger un bébé, c’est protéger l’avenir de la Guinée.

Dr. Karamo Kaba
Pharmacien – Spécialiste en Santé Publique. MBA in Pharma Biotech Business Management. DIU en Rétrovirologie – Certifié en Intelligence Économique Elevify.

Tatakaba66@gmail.com – 628 49 78 95

Comments (0)
Add Comment