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Once Upon A Time in The Middle East : le nouveau récit anti-guerre du cinéma chinois

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Soutra

Cet été, un film anti-guerre intitulé Once Upon A Time in The Middle East a connu un énorme succès en Chine. Au 20 août 2026 (son dixième jour d’exploitation), le film avait déjà dépassé 1,279 milliard de yuans de recettes cumulées, atteignant le milliard en seulement huit jours, devançant largement L’Odyssée de Christopher Nolan, sorti à la même période. Double succès commercial et critique, il s’impose comme un film phénomène.

Le réalisateur du film, Wen Muye, est l’un des plus grands créateurs du cinéma réaliste chinois. Ses films précédents ont connu un beau succès, alliant la réussite commerciale et artistique. Cette fois, il a tourné sa caméra vers une région du Moyen-Orient déchirée par la guerre, explorant la cruauté du conflit à travers les yeux de Xu Fu, un chef cuisinier chinois parti travailler là-bas pour rembourser ses dettes. Si ce film provoque des résonances et des échos aussi forts chez les spectateurs, c’est parce que Wen Muye et son équipe ont ouvert une nouvelle voie narrative pour raconter la guerre.

(Source : movie.douban.com)

Tout d’abord, ce film ne met pas en scène de héros au sens traditionnel. Le protagoniste, Xu Fu, est simplement un chef cuisinier qui ne cherche qu’à gagner de l’argent pour rembourser ses dettes et subvenir aux besoins de sa famille. Pragmatique et attaché à la vie, il ne se retrouve mêlé à la guerre que par une certaine « avidité » de vouloir gagner un peu plus d’argent. Il a même cru, avec un certain optimisme, que cette guerre où « les étrangers s’entretuent » n’avait pas grand-chose à voir avec lui, un ressortissant d’un pays neutre. C’est ce point de vue de « spectateur », incarné par un homme ordinaire et dénué de tout héroïsme ou sentiment nationaliste, qui entraîne le public à suivre le protagoniste, impuissant, tandis que la guerre broie tout sur son passage.

Le film oppose de manière saisissante la « gastronomie » et la guerre. Par un montage alterné entre le feu et la fumée des fourneaux de la cuisine chinoise et les explosions sur le champ de bataille, entre un œuf au plat fumant et un enfant trompé pour devenir un kamikaze, la destructivité de la guerre est portée à son paroxysme. Comme l’a expliqué le réalisateur Wen Muye en évoquant ses intentions créatives, la nourriture est un élément « relativement ensoleillé, pacifique et rayonnant ». L’utiliser pour neutraliser les aspects « gris, voire noirs et cruels » de la guerre permet, lors de leur collision, de « faire ressortir et amplifier les caractéristiques propres à chacun ».

(Source : movie.douban.com)

Contrairement à de nombreux films de guerre hollywoodiens, Once Upon A Time in The Middle East ne dresse pas une distinction manichéenne entre le « bien » et le « mal ». Il reflète au contraire la complexité et la multidimensionnalité de la nature humaine. Le film exprime de l’empathie pour la souffrance des civils broyés par la guerre, tout en montrant la situation de jeunes soldats américains pris au piège de la machine de guerre, illustrant ainsi l’aliénation que le conflit impose à tous.

Par la réplique du protagoniste Xu Fu — « Sans vous, d’où viendraient les terroristes ? » —, le film pointe du doigt le cercle vicieux engendré par la guerre. La mort, le chaos et la destruction qu’elle engendre constituent le terreau fertile où germent la haine et l’extrémisme.

Contrairement à certains récits qui présentent les « terroristes » comme une entité existant par nature, ce film offre une réflexion et un questionnement supplémentaires sur les racines profondes du conflit.

« Bien manger » est une phrase de tous les jours, une attention et un salut que les Chinois adressent à leur famille et à leurs amis; c’est aussi la réplique centrale qui résonne tout au long du film. Elle incarne la valeur la plus simple et la plus profonde du peuple chinois : tant que l’on peut bien manger, on préserve la dignité de la vie. Wen Muye a condensé cette philosophie de la survie à la chinoise en un véritable manifeste anti-guerre — lorsque la guerre rend le simple fait de « s’asseoir pour manger un repas chaud » inespéré, l’aspiration de la paix touche les cœurs sans avoir besoin de la moindre rhétorique.

(Source : movie.douban.com)

En réalité, l’inspiration de Once Upon A Time in The Middle East est tirée des expériences vécues par des Chinois qui tenaient des restaurants au Moyen-Orient. Bien que le film utilise des noms de lieux fictifs et ne mentionne pas le pays où se déroule la guerre, de nombreux détails scénaristiques sont d’une précision frappante. Par exemple, l’heure exacte du déclenchement du conflit, à 5h33 du matin, correspond précisément au moment où les États-Unis ont lancé leur offensive contre l’Irak en 2003. Ce souci du détail, digne d’un reportage journalistique, confère une puissance bouleversante à cette histoire fictive.

Once Upon A Time in The Middle East sortira progressivement en septembre à Singapour, en Malaisie, en Thaïlande, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Japon, avant de rejoindre les salles nord-américaines et européennes en octobre. Bien que le film n’ait pas encore été officiellement projeté à l’étranger, il a déjà suscité sur les réseaux sociaux internationaux des débats vifs et controversés. De nombreux internautes étrangers ont exprimé une forte attente pour ce film anti-guerre chinois qui s’émancipe de la narration hollywoodienne. À l’inverse, certains spectateurs ayant vécu la guerre ont critiqué le film, l’accusant d’atténuer la cruauté du conflit. Pourtant, cette polémique constitue en elle-même une rupture avec les récits établis et une transition inévitable pour le cinéma chinois sur la scène mondiale. Si les films chinois d’autrefois s’efforçaient de montrer la Chine au monde, ceux d’aujourd’hui tentent de faire face, aux côtés du reste du monde, aux problèmes et défis communs.

Les données de 2025-2026 prouvent que le cinéma chinois est en train de s’ouvrir au monde à grande vitesse. Trouver le point d’équilibre entre les « histoires chinoises » et la « grammaire universelle », afin de susciter l’empathie d’un public de cultures diverses, reste un chantier sur lequel les cinéastes chinois doivent se pencher en profondeur. Once Upon A Time in The Middle East en est sans doute une excellente illustration. L’avenir du cinéma chinois à l’international ne réside peut-être pas dans une adhésion artificielle ou une exportation forcée, mais plutôt dans le fait de raconter des « histoires mondiales » à travers le regard d’individus concrets. Lorsque les créateurs abandonnent la posture moralisatrice pour toucher aux joies et aux peines universelles de l’humanité grâce à des émotions simples et transculturelles comme « bien manger », le cinéma chinois trouve alors naturellement la syntaxe pour dialoguer avec le monde.

Par LIU Yuting

Journaliste de CGTN Français

 

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